Football

Gladbach-Bayern : un résultat décisif pour le titre ?

On joue depuis 92 minutes hier au Borussia-Park, quand sur une nouvelle offensive lancée par les locaux, Javi Martinez fauche Marcus Thuram dans la surface bavaroise. Auteur du but de l’égalisation plus tôt dans le match, Ramy Bensebaini prend ses responsabilités, et trompe Manuel Neuer pour offrir un succès de prestige au Borussia Mönchengladbach, face au septuple tenant du titre en Bundesliga.

Un résultat qui était peu envisageable à l’issue d’une première mi-temps complètement dominée par le Bayern Munich. Mais comme trop souvent ces dernières saisons, le Rekordmeister s’est montré incapable de proposer une prestation aboutie sur l’intégralité de la rencontre. Retour sur un match qui s’avèrera peut-être décisif dans la course au titre.

La 1ère mi-temps : un Bayern concquérant, un Gladbach hésitant

C’est un Marco Rose confiant qui vient saluer le banc du Bayern à quelques secondes du coup d’envoi. L’air de rappeler aux visiteurs qui est l’actuel patron du championnat, Gladbach comptant quatre longueurs d’avance sur eux avant le début de la rencontre.

Et pourtant, les hommes de Marco Rose peinent à perturber leur adversaire du jour lors des 45 premières minutes. Ses quelques circuits de relance depuis l’arrière rapidement obstrués par le pressing bavarois, Gladbach ne parvient pas à poser le pied sur le ballon. Les Munichois, eux, récitent leurs gammes, grâce à un gegenpressing particulièrement efficace. Le léger changement tactique opéré par Hansi Flick suite à la sortie de Tolisso sur blessure (repositionnement de Müller au milieu en raison de l’entrée de Perisic) ne bouleverse rien : le Bayern a la mainmise sur le match.

Les rares frissons qui parcourent l’échine des supporters munichois, causés par les difficultés de Jérôme Boateng dans son duel face à Marcus Thuram, sont vite effacés par la capacité des coéquipiers du champion du monde allemand à trouver de la verticalité dans leur jeu de passes. Après un début de match hésitant, à l’image d’ailleurs de son début de saison, Thiago Alcantara semble progressivement retrouver des couleurs, et ses excellentes orientations de jeu font mal à des Poulains chahutés, mais concernés.

Car le Bayern a beau dominer, le score reste nul et vierge. Ni Thomas Müller, ni Robert Lewandowski ne parviennent à trouver le fond des filets, et le douloureux souvenir de la défaite du week-end dernier face au Bayer Leverkusen, malgré les nombreuses occasions bavaroises, fait son nid dans l’esprit des joueurs. Une fois encore, le Rekordmeister se montre inefficace sur ses temps forts.

La 2ème mi-temps : la révolte des Poulains, face à un Rekordmeister démuni

Le résumé de la seconde période pourrait tenir en une courte phrase dans la bouche d’un supporter munichois : le Bayern a marqué, puis le Bayern s’est écroulé. En effet, l’ouverture du score d’Ivan Perisic n’a clairement pas eu l’effet escompté par Hansi Flick et son staff, tant leurs joueurs ont déjoué à compter de ce but. 

Tout le contraire d’une équipe de Gladbach qui, piquée au vif, est enfin parvenue à exprimer son potentiel, avec un bloc positionné beaucoup plus haut sur le terrain. Surtout, on a retrouvé l’intensité qui faisait la force des Poulains depuis le début de la saison. C’était désormais au tour du Bayern de ne plus parvenir à ressortir proprement les ballons, tant le pressing à la perte imposé par les joueurs de Marco Rose était impérial. Ce dernier, voyant que son équipe avait pris le dessus, a ingénieusement fait rentrer un attaquant, Breel Embolo, à la place d’un milieu, Laszlo Benes, apportant ainsi davantage de présence dans la surface bavaroise. C’est d’ailleurs le nouvel entrant qui obtient le corner amenant le but de l’égalisation, inscrit par Ramy Bensebaini.

Si les Poulains ont eu le mérite de ne pas baisser les bras, malgré une première période délicate, leur succès est en partie lié aux carences affichées par leurs adversaires au fil de la rencontre. Le champion d’Allemagne a en effet donné l’impression de se reposer sur ses lauriers suite à l’ouverture du score, n’imprimant plus le même rythme qu’en début de match. 

Hansi Flick peut se plaindre de performances individuelles calamiteuses, à l’image d’un Leon Goretzka de nouveau transparent au milieu, ou d’un Kingsley Coman qui n’en finit plus de stagner depuis deux saisons maintenant. Il n’en reste pas moins que les supporters munichois auraient tort de se cacher derrière ce genre d’excuses, tant la prestation collective de leur équipe après l’ouverture du score a été indigne de son statut de septuple tenant du titre.

Le tournant de la saison ?

S’il est encore trop tôt pour affirmer que le Bayern a perdu le titre sur ce match, l’écart s’est clairement creusé au classement : Gladbach compte désormais sept longueurs d’avance sur son adversaire du week-end, qui pointe à une inquiétante septième place de Bundesliga.

On se souvient cependant de la situation de l’an passé où, alors que le Borussia Dortmund avait distancé le Bayern Munich, les hommes de Niko Kovac avaient finalement déjoué les pronostics pour préserver leur couronne. La problématique est la suivante : le Rekordmeister ne fait plus face qu’à un seul concurrent, mais bien à deux. En effet, le RB Leipzig de Julian Nagelsmann se présente également comme un prétendant au titre à ne pas prendre à la légère. Les fans du football allemand sont ainsi peut-être sur le point d’assister à une saison historique, qui mettrait à mal l’hégémonie des Bavarois sur la Bundesliga, et qui verrait le retour en grâce du Borussia Mönchengladbach.

A condition bien sûr que les Poulains continuent de galoper en tête jusqu’à la 34ème journée.

Paul Stefani

Gladbach-Bayern : un résultat décisif pour le titre ?

La Corogne : la chute d’un ancien grand d’Espagne

Du titre de Liga en 2000 à dernier de seconde division espagnole aujourd’hui, le Deportivo la Corogne a vécu une véritable descente aux enfers lors des deux dernières décennies. Retour sur le parcours d’un club dont la gloire aura été éphémère.

Fondé en 1906, le Deportivo la Corogne a mis du temps à s’accrocher à l’élite. Souvent, le club s’est affirmé comme une formation préparée pour faire le yo-yo, tel un SM Caen en France. Pourtant, à la fin du XXème siècle, le ‘Depor’ a montré qu’il pouvait être considéré comme un grand d’Espagne, et d’Europe. Toute cette épopée a démarré en 1991, lors de la remontée de l’équipe en première division. Lors de cette période, la légende du club Fran fera ses débuts. Après une saison 91-92 compliquée, La Corogne s’est vu propulsé à jouer le titre entre (déjà) le Real Madrid et le FC Barcelone lors de la campagne 92-93. Il finiront troisième, emmenés par celui qui sera élu ‘Pichichi’, le Brésilien Bebeto. Cela permettra au club de découvrir la Coupe UEFA pour la première fois. Par la suite, le club se battra pour le championnat mais finira souvent placé et jamais gagnant jusqu’à la fin du second millénaire.
En 1995, le Deportivo décroche malgré tout le premier trophée de son histoire en disposant de Valence en Coupe du Roi. Une finale mouvementée qui a été étalée sur deux jours compte tenu de conditions de météo dantesque.

La consécration de 2000 et un statut à assumer

La fin des années 90 verra l’équipe se maintenir sur la scène européenne sans pour autant parvenir à accéder aux finales. Pourtant, des grands joueurs sont passés au club durant cette période, dont le Brésilien Rivaldo, ballon d’or en 1999. C’est durant la saison 1999-2000 que le Deportivo la Corogne connaît la consécration en remportant son premier titre en Liga. Porté par Roy Makaay, Pedro Miguel Pauleta, Noureddine Naybet et Fran, le club parvient à s’imposer dès lors comme l’une des formations favorites en Espagne et en Europe. Malheureusement, l’équipe échoua à deux reprises en 2001 et 2002 en quarts de finale de Ligue des Champions contre respectivement Leeds et Manchester United. En Liga, elle parvient à se maintenir sur le podium jusqu’à la campagne 2003-2004 sans réussir à décrocher un autre titre. Cette saison reste à ce jour la dernière fois que le ‘Depor’ est arrivé à tenir un top 3 en Espagne. Elle demeure également celle de la plus belle épopée européenne, en finissant en demi-finale de Ligue des Champions éliminé par le FC Porto (futur vainqueur de l’édition).

Un déclin jusqu’en D3 ?

A partir de là, La Corogne sombrera petit à petit. 8ème dès la campagne 2004-2005, le Deportivo ne s’en remettra jamais. Pendant quelques temps dans le ventre mou de Liga, le club finira par descendre en seconde division en 2011. Ils feront le yo-yo à nouveau jusqu’en 2015-2016 où la formation arrivera à se maintenir… pour peu de temps. En effet, en 2017-2018, la chute a repris de plus belle. Et, malgré une 6ème place qui les a rapproché de la montée l’an dernier, cette saison s’annonce comme une des plus compliquées. 22ème sur 22 équipes après 18 journées de championnat, les espoirs d’accéder à l’échelon supérieur se sont déjà envolés. Le maintien en D2 est désormais l’objectif prioritaire mais risque d’être difficile pour les compères de l’international japonais Gaku Shibasaki. Car la formation entraînée par Juan Antonio Anquela possède déjà 7 points de retard sur le premier non relégable. Mais où s’arrêtera la chute du ‘Depor’ ?

Jérémy Guiraud

La Corogne : la chute d’un ancien grand d’Espagne

L’évidence Rapinoe

34 ans, des cheveux roses, 6 buts lors de la dernière Coupe du Monde… Megan Rapinoe a été désignée ce lundi Ballon d’Or féminin 2019, succédant ainsi à Ada Hegerberg. Logique, pour nombre de spécialistes. Couru d’avance, pour ceux qui y voient un prix politique. Et si la réalité était entre les deux ?

Malgré un beau plateau, l’issue de cette seconde édition du Ballon d’Or féminin laissait entrevoir moins de suspense que chez les hommes. Difficile en effet d’imaginer Ada Hegerberg faire le doublé après avoir séché la Coupe du Monde en France. Et malgré un parcours (trop ?) parfait en club, les Françaises Amandine Henry et Wendie Renard n’ont pas su tenir leur rang cet été. Enfin, parmi les autres concurrentes, qui pouvait faire valoir un talent vraiment supérieur à celui de l’icône de l’année ?

Une récompense incontestable

Co-meilleure buteuse de la Coupe du Monde, meilleure joueuse de la compétition, MVP de la finale… Megan Rapinoe a vécu un mois de rêve en France, prolongé par le prix The Best FIFA en septembre. Sur le terrain, avec son équipe nationale, l’Américaine a dicté le jeu, offert du spectacle et montré une grande intelligence ainsi que de véritables qualités techniques. Reconnue aux Etats-Unis comme l’une des meilleurs joueuses de l’histoire, celle qui compte déjà 160 sélections pour trois titres mondiaux (2 Coupes du Monde et une médaille d’or olympique) a pourtant vécu une saison galère en club, avec seulement 6 matchs joués sur 25. De quoi faire tiquer les supporters lyonnais, mais pas les 43 journalistes membres du jury, qui l’ont tous placé au moins dans le Top 5. Mieux, 34 l’ont directement placée sur la première marche du podium. 230 points à 96 pour sa première dauphine, Lucy Bronze. Comme sur la pelouse du Groupama Stadium, Rapinoe n’a jamais vraiment eu d’adversaire à son niveau dans ce vote.

Difficile pourtant de dire qu’elle doit son trophée à sa seule Coupe du Monde. Mais l’ampleur de sa victoire, comme le classement des joueuses qui la suivent, révèle bien un tropisme dans la vision du football féminin qu’ont les observateurs. D’une part, l’exposition médiatique du Mondial est incontestable, quand on voit les places des Françaises Renard (6e), Henry (11e) et Bouhaddi (dernière avec 0 point), mais aussi celle de la Danoise Pernille Harder, deuxième en 2018 et tombée à la 14e place. Celles qui sont passées au travers cet été en ont subi les conséquences. A l’inverse, Rapinoe a gagné 200 points et 8 places, Alex Morgan se place sur le podium et Rose Lavelle, révélation de la compétition, intègre le Top 10.

D’autre part, les observateurs ont encore beaucoup de mal à évaluer le véritable niveau des compétitions, en particulier celui de la Ligue américaine par rapport aux compétitions européennes. Malgré un triplé domestique et une énième Ligue des Champions, les Lyonnaises ne valent pas l’équipe nationale des Etats-Unis, même si Lucy Bronze se classe deuxième (avec une belle Coupe du Monde). Et la FA Women’s Super League, un championnat réputé pour sa consistance (tous les clubs sont professionnels, la lutte pour le titre concerne environ 6 équipes) ne place que deux représentantes dans le Top 10. Hegerberg, lauréate l’an passé, fait figure d’exception. Malgré sa grève estivale, l’attaquante se classe 4e. Impossible de la faire figurer sur le podium, mais elle a mené l’attaque lyonnaise à tous ses succès et reste, par sa récompense passée, une figure historique. Un aspect déterminant dans ce Ballon d’Or féminin.

Une icône nécessaire

D’une footballeuse engagée à l’autre. Ce Ballon d’Or féminin semble ne pas simplement récompenser la meilleure joueuse de l’année, mais aussi celle qui fait le plus avancer la cause du football féminin. Déjà bien connue pour son engagement outre-Atlantique, celle qui posa un genou à terre en soutien à Colin Kaepernick est devenue, en un été, une icône mondiale du girl power et de la lutte contre les discriminations de genre. Ouvertement lesbienne, en première ligne pour dénoncer la politique de Donald Trump, Megan Rapinoe ne concède rien, réclame, s’engage. Si Hegerberg a planté son équipe nationale pour protester contre la différence de traitement entre hommes et femmes par sa Fédération, l’Américaine a carrément foutu la sienne devant les tribunaux, avec l’appui de bon nombre de ses coéquipières.

Une fougue qui n’existe chez aucune Française. Pas de combat, pas de revendication, tout juste un mot ou une story Instagram pour le livre de Melissa Plaza. Rapinoe, dans France Football, revient sur son passage à l’Olympique Lyonnais en 2013, et regrette qu’aucune joueuse française n’ait fait son coming-out, allant même jusqu’à estimer que cela pourrait “les libérer sur le terrain”. La discrétion des Françaises, leur soumission au discours de la Fédération, leur absence de revendication, explique leur faible reconnaissance à l’international et donc leur classement au Ballon d’Or. Malgré leur popularité nationale, difficile d’en faire des icônes qui défendent haut et fort le droit des filles à jouer au foot. Or, pour continuer son oeuvre de légitimation, le football féminin a besoin d’une leader charismatique comme Megan Rapinoe.

Unanimement récompensée pour ses performances chaque fois qu’elle a joué cette saison, objectivement meilleure joueuse de la plus grande compétition internationale cet été, l’Américaine fait donc un Ballon d’Or logique et qui sert la cause de son sport. Un nouveau coup de projecteur sur le football féminin, pour montrer que les filles aussi ont du talent.

Xavier Regnier

L’évidence Rapinoe

DAZN, le « Netflix du sport »

Imaginez un monde plus simple. Exit Canal+, BeIn Sports, RMC et toutes les offres qu’il faut empiler pour suivre le foot européen, place à DAZN. Pour dix euros par mois, à vous les compétitions européennes, les championnats nationaux, les rencontres internationales et même la NBA. Vous en rêviez ? Simon Denyer l’a fait. Du moins pour ceux qui n’habitent pas en France. Pendant que l’Espagne et l’Italie font leurs premiers pas dans le visionnage de match en streaming légal, le supporter français se bat avec ses abonnements parfois très coûteux. Et même si des petits malins parviennent à contourner les règles, la majorité attend impatiemment que le service de streaming ne les délivre du joug des chaînes câblées. 

La belle histoire débute en août 2016. Le Japon, la Suisse et l’Allemagne sont les premiers à découvrir DAZN (prononcez « Da Zone »). Pour 9,99 euros par mois, les abonnés peuvent visionner à peu près tout ce qu’il est possible de regarder en terme de sport. Plus tard, ce seront les Etats-Unis et le Brésil qui attraperont le virus du streaming sportif. Pas forcément mordu de soccer, les habitants du pays de l’Oncle Sam profitent néanmoins du football américain et du baseball. Et c’est là que le service trouve sa force. Si l’on parle beaucoup d’ubérisation de la société, le modèle Netflix se développe aussi très rapidement. Avec une multitude de contenus à proposer, allant de la pêche jusqu’au cricket, le nombre de clients potentiels est immense. De quoi assurer un avenir prometteur à la plateforme

La myriade de compétitions sportives proposées par DAZN (crédits photo : Quadro)

L’autre force de DAZN, c’est sa faculté à combattre les anciens modèles de diffusion. Outre-Atlantique, c’est le modèle du pay-per-view qui s’apprête à être balayé. Très utilisé pour les grands rendez-vous sportifs, à l’instar des matchs de boxe ou des shows annuels de catch, les prix dépassent la raison. Le très mal nommé « combat du siècle » opposant Floyd Mayweather et Conor McGregor, n’était accessible que contre la somme de cent dollars. Cent dollars pour regarder un match de boxe à la télévision… Pourtant, en 2017, le « MoneyFight » a rapporté près de 700 millions de dollars à ses organisateurs. Comme quoi, quand on a pas le choix… DAZN négocie assez facilement des accords régionaux et ciblent ainsi rapidement une clientèle précise. A son lancement en Italie, les statistiques montrent que le nombre d’inscriptions explose trente minutes avant le début du coup d’envoi. De même, juste avant le derby de la Madonnina, près de 30 000 personnes avaient adhéré au service. 

Et même si la plateforme est relativement jeune, elle est arrivée sur le marché avec de solides arguments. DAZN appartient à Acces Industries, qui détient notamment Warner Music et Deezer. Géant de l’industrie de l’aluminium, ce groupe fondé par l’américano-britannique d’origine ukrainienne Leonard Blavatnik en 1986 et possède des branches dans diverses domaines tels que l’immobilier, la technologie ou encore les télécommunications. En 2013, il rachète Perform, qui détient notamment le groupe OptaSports. Dès lors, Blavatnik a un pied dans le monde du sport et a accès à des millions de statistiques, basées majoritairement sur les paris sportifs. Trois ans plus tard, quand il confie les rênes de son nouveau bébé à Simon Denyer, ce dernier choisit d’appliquer cette même politique des chiffres. Pour aller chercher sa clientèle, il faut savoir la cibler. Grâce à des algorithmes complexes, la plateforme DAZN met en avant un contenu précis à un moment précis pour toucher le client et augmenter ses chances d’avoir un nouvel abonné. 

En France, DAZN n'est pas à l'ordre du jour

Avant toute chose, il faut rappeler que DAZN s’est lancé dans des pays où le marché était relativement ouvert. En France, c’est l’exact opposé. Trois géants se partagent la diffusion du football. Canal+ et Beinsports ont le championnat français, le premier diffuse les deux ou trois « meilleurs » affiches et le second se contente du reste. Néanmoins, chacun a sa spécificité. Canal+ propose également du rugby et de la course automobile quand Beinsports met à disposition de ses abonnés la plupart des championnats européens excepté la Premier League. De son côté, RMC diffuse la Ligue des Champions et la Ligue Europa ainsi que le championnat anglais donc. Et parce que ça ne pouvait pas être assez compliqué comme ça, un quatrième larron est récemment venu se mêler à la danse.

Récapitulatif des diffuseurs pour la saison 2018/2019 (crédits photo : Le Figaro)

Son nom ? Mediapro. Inconnu en France, il cartonne pourtant en Espagne où il diffuse la Liga et la Coupe du Roi, et même la Ligue des Champions jusqu’en 2018. Il détient également 50% de la filiale espagnole de Beinsports, de quoi garantir sa suprématie au pays de Cervantes. En France, Mediapro diffusera la Ligue 1 et la Ligue 2 sur la période 2020/2024. A la manière de Canal+, le service proposera la majorité des affiches de Ligue 1 dont bien évidemment les plus alléchantes. Loin de s’arrêter en si bon chemin, le groupe aura tenté de rafler les droits de la Ligue des Champions en vain

Et DAZN dans l’histoire ? L’affaire s’annonce compliquée, et aussi très longue. Si depuis vendredi dernier, il est impossible pour la plateforme d’assurer la diffusion des compétitions européennes en France, la Ligue 1 reste encore jouable. En effet, Mediapro a moins d’un an pour trouver une chaîne, des locaux et une équipe de journalistes. Et rien n’interdit au groupe de revendre des parcelles de diffusion. En définitive, rien n’est acquis et la diffusion du football en France devrait rester morcelée encore quelques années. Au plus grand damne des amateurs de ballon rond et de leur porte-monnaie. DAZN poursuit néanmoins sa progression à l’étranger et attend sûrement une bonne opportunité pour s’implanter durablement dans le paysage audiovisuel français.

Hugo Martin

DAZN, le « Netflix du sport »

Pourquoi la Premier League est si attractive ?

Le championnat anglais est réputé pour son niveau de jeu très élevé. La lutte pour le sacre y est acharnée. Tout fan de foot qui se respecte ne peut que prendre du plaisir face aux joutes anglaises du week-end. Mais quelles sont les raisons du succès de la Premier League, de sa pérennité au plus haut niveau et de ses spécificités comparé aux autres grands championnats ?

Les équipes

La Premier League est sans conteste le championnat où le fossé entre les équipes est le moins profond. On parle de « Big Six » en désignant les six favoris à la victoire finale en championnat. Comme l’observe José Mourinho, il n’y a pas vraiment de nette domination d’une seule équipe à l’image d’un PSG, Juventus ou Bayern dans leurs championnats respectifs. Même si il y a des tendances sur trois ou quatre ans. Aucun match n’est joué d’avance et chaque rencontre est une véritable bataille. Une équipe de bas de tableau a toutes ses chances contre une équipe qui joue les premiers rôles. Le trophée de Premier League a ainsi plus de valeur que ceux des championnats pliés en mars. Certaines équipes réservent aussi parfois de belles surprises. À l’image du sacre aussi inattendu que spectaculaire en 2015-2016 de Leicester.

La culture foot

David Beckham disait, à propos des anglais : « We have a lot of passion ; football is something which runs through our veins » (“nous avons beaucoup de passions, le football coule dans nos veines”). En effet l’engouement pour le sport qu’ils ont inventé se répercute sur l’attractivité du championnat d’outre Manche. Les stades sont immenses, avec une capacité moyenne de 37000 places. Le taux de remplissage y est élevé ce qui permet une ambiance toujours au beau fixe. Ces facteurs attirent les investisseurs. Les droits télés s’élèvent à plus de trois milliards d’euros répartis entre les 20 clubs. Ceci permet de dépenser des sommes colossale sur le marché des transferts, attirer des tops joueurs et donc rehausser le niveau sportif. Le championnat britannique propose aussi un grand nombre de derbys, ce qui augment le niveau d’implication d’un supporter. De plus la tradition oblige la tenue du « boxing day » : un jour de match le 26 décembre pendant que les autres championnats sont en trêves hivernale. Généralement ce sont des derbys qui se tiennent pour éviter de trop longs déplacements aux joueurs. Cet événement représente la quintessence de la passion anglaise pour le ballon rond. 

Tout pour le jeu

Un aspect moins évident mais qui participe à rendre unique ce championnat : la volonté de faire ressentir au spectateur l’essence du jeu. Cela se traduit sur le terrain mais aussi par la retransmission télé. En effet, sur le terrain on remarque que l’arbitre s’efface le plus possible derrière le jeu. L’homme en noir est plus laxiste sur certaines fautes et ne donne pas de coup de sifflets quand la faute est incontestable, un simple signal verbal suffit. Les bords de terrains derrière les cages sont toujours épurés et pas pollués de publicités. Cela pour sublimer la beauté des actions, du but. L’habillage visuel doit être propre. En dehors des stades, c’est à la télé que les matchs anglais sont suivis. Les commentateurs, eux aussi, laissent la place au jeu. Ils ne tentent pas de meubler à tout prix et n’apportent que de courtes analyses et des éclairages. Ils laissent l’ambiance du stade faire le travail d’immersion. Le silence est d’or et les commentateurs préfèrent laisser le jeu s’exprimer. De plus la réalisation est épurée. Les plans larges sont favorisés pour une meilleur observation et analyse des actions pour les téléspectateurs. Cela va même jusqu’aux pelouses. Taillées pour favoriser un football rapide et offensif, ces billards sont aussi très agréables à regarder à l’écran. Tant de détails qui participent à l’immersion du spectateur, comme s’il était en tribune latérale.

Un peu de nuance

La Premier League est crédible pour le titre de meilleur championnat pour toutes les raisons évoquées mais elle contient aussi quelques faiblesses et points négatifs. La prolifération de buts s’explique aussi par la faiblesse des défenses. L’écart commence à se creuser entre les très grosses écuries et les équipes plus modestes. L’écart se traduit financièrement, dans le jeu, au niveau tactique et donc dans le niveau de suspens ou de qualité de la compétition. De l’argent un peu gaspillé sur certains transferts comme ceux de joueurs anglais trop souvent surcôtés. Une formation anglaise très faible et à revoir. Des clubs de légende en perdition. Et enfin les tarifs pour aller au stade ne cessent d’augmenter et cela peut avoir des retombées négatives sur l’affluence et l’ambiance des stades. Mais ces facteurs ne font qu’à peine ébréché le monument qu’est la Premier League dans le paysage footballistique.

Eliot Poudensan

Pourquoi la Premier League est si attractive ?