Football

Atlético Madrid – FC Barcelone : un choc au sommet

Cette rencontre est depuis plusieurs années un des chocs les plus importants du
championnat espagnol. Ce dimanche 1er Décembre, le retour d’Antoine Griezmann au
Wanda Métropolitano de Madrid, donne une dimension supérieure à ce match.

Cette journée de Liga est très importante pour la suite de la saison, puisqu’elle voit s’affronter deux favoris pour le titre. En cas de victoire du FC Barcelone, les catalans possèderont 6 points d’avance sur leurs adversaires du soir. A contrario, dans la situation inverse, les deux formations seront à égalité, à 28 unités.
Les deux équipes se retrouvent au Wanda Métropolitano avec un effectif décimé à disposition. Ceci est d’autant plus véridique pour les visiteurs qui se verront privés de Nelson Semedo, Jordi Alba, Sergio Busquets, Ousmane Dembélé, ainsi que Jean-Clair Todibo. Cependant, Ernesto Valverde pourra compter sur Gérard Piqué, qui était suspendu lors du match de Ligue des Champions face à Dortmund. Quant à l’Atlético Madrid, José Maria Giménez, Diego Costa, Stefan Savic, et Sime Vrsaljko seront absents pour cette rencontre.

Des formes opposées

L’équipe visiteuse est dans une forme rayonnante, puisque celle-ci enchaîne un grand nombre de victoires en ce mois de Novembre. Sur ses 4 dernières rencontres le FC Barcelone en a remporté 3 et a concédé un match nul. La dernière en date a eu lieu ce mercredi 27 Novembre face au Borussia Dortmund en Ligue des champions, sur le score de 3 buts à 1. Lors de ce match, chaque membre du trio d’attaquant (Messi-Suarez-Griezmann) a marqué. Ceux-ci ont donc prouvés qu’ils étaient en capacité de performer ensemble.
A contrario, l’Atletico Madrid est dans une situation plus délicate malgré leur 5ème place au classement. En effet, sur leur 6 derniers matchs, les madrilènes n’ont remportés les 3 points qu’à une seule reprise face à l’Espanyol Barcelone. En ligue des Champions, leur rencontre de ce mardi face à la Juventus s’est soldée par une défaite 1-0. Cependant, les madrilènes ont des motifs d’espoir, puisque les hommes de Simeone restent sur 2 victoires d’affilées dans leur stade du Wanda Metropolitano.

Antoine Griezmann « vuelve a Madrid »

Après divers rebondissement, Antoine Griezmann s’est officiellement engagé pour le club catalan le 12 Juillet dernier. Ce transfert d’une valeur de 120 Millions d’Euros a suscité de très nombreuses réactions négatives dans son ancien club madrilène. Celui-ci a notamment porté plainte contre le FCB car les Colchoneros estiment que le Barça n’a pas payé l’entièreté de la clause libératoire prévue dans l’accord initial. La commission des compétitions espagnoles a tranché et a sanctionné la nouvelle formation du français a une amende dérisoire de … 300 euros.
Il se pourrait donc que les supporters madrilènes réservent un accueil houleux à l’attaquant tricolore. Certaines personnalités du football pensent en effet cela. Ceci est le cas de Radomir Antic, ancien entraîneur des deux formations, qui a déclaré : « Je suis sûr qu’il y aura des sifflets à son encontre. Si certains l’ont sifflé l’année dernière, imaginez désormais… ». Le coach Colchonéros actuel, Diego Simeone a quant à lui décidé de ne pas s’étaler sur le sujet : « Je ne vais pas parler de Griezmann parce qu’il joue pour une autre équipe. Ce que les gens vont faire c’est leur décision, je ne peux pas me mettre dans leur tête. Entre Griezmann et l’Atletico, qui manque le plus à l’autre ? Je répète la même chose, l’histoire et les statistiques parlent d’elles-mêmes et je n’ai rien à ajouter. »

Reste donc à voir, si le Wanda Métropolitano aura pour objectif de fêter ce choc, ou bien de faire comprendre à leur ancien joueur que ce transfert est une trahison.

Mathis Fessard

Atlético Madrid – FC Barcelone : un choc au sommet

Večiti derbi, un derby en tribunes

C’est le match le plus attendu pour les supporters serbes et pour les amateurs du monde des tribunes en général. Depuis maintenant plus de soixante ans, les deux clubs de la capitale serbe s’affrontent lors du « derby éternel ». 

Passée successivement de la Yougoslavie à la Serbie-Monténégro avant de devenir totalement indépendante en 2006, la Serbie est un pays où le football est roi. Les deux équipes de la capitale, Belgrade, le Partizan et l’Etoile Rouge, sont les plus populaires de Serbie. Elles s’affrontent chaque année depuis 1947 dans le cadre du Večiti Derbi, le derby éternel, souvent pour les premières places du championnat.

Dans l’Europe de l’Est d’après-guerre, football rime comme souvent avec politique. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les deux formations voient le jour à quelques mois d’intervalle. D’un côté, l’Etoile Rouge de Belgrade, Crvena Zevzda, fondée le 4 mars 1945, c’est le club antifasciste représentant du Parti communiste. De l’autre, le club de l’armée Yougoslave, le Partizan Belgrade crée le 4 octobre 1945. Les oppositions entre les deux équipes tournent rapidement à la confrontation. Le duel est alors important entre le ministère de la Défense et celui de l’Intérieur. Aujourd’hui,  nous sommes loin de la réalité de l’époque, du moins en tribunes où malgré la rivalité sportive, les deux virages les plus chauds de Belgrade sont très proches politiquement dû à leur proximité avec l’extrême droite. En attestent les nombreuses amitiés des deux principaux groupes de supporters en Europe, avec un petit clin d’œil du destin : Le Spartak Moscou pour l’Etoile Rouge et le CSKA Moscou pour le Partizan.

Le premier match entre les deux clubs se déroule en  1947 avec une victoire 4-3 pour l’Etoile Rouge, cependant cette victoire n’empêche pas le Partizan de remporter le championnat cette année-là. Il faut attendre le 27 avril 1947 pour que les Noir et Blanc ne remportent leur premier derby. Et la Yougoslavie est un vivier de talents avec des joueurs tels que Marko Valok ou Bora Kostic. La rivalité sportive monte d’un cran à Belgrade lors du démantèlement de la Yougoslavie et la création du championnat de Croatie dans lequel le Dinamo Zagreb et l’Hajduk Split joueront désormais. Les deux équipes de Belgrade se disputent alors la suprématie nationale. Avantage Etoile Rouge dans l’histoire, mais avantage Partizan depuis que la Serbie est indépendante.

Un duel en tribunes

« Une semaine avant le derby,  on sent une atmosphère particulière, la pression monte dès le lundi. C’est un grand match dans une ambiance magnifique. » cite Milan Bisevac, l’ancien joueur lyonnais. Sur le terrain, le match a perdu son lustre. Les supporters des deux clubs donnent de la voix et se livrent à un concours de romantisme. Ce à  quoi les fidèles adverses répondentLes Delije (« vaillant » en français) pour l’Etoile et les Grobari (fossoyeur) pour le Partizan sont les principaux groupes de supporters qui ne manquent pas d’imagination pour mettre le feu au stade. À noter que les Delije sont malgré eux responsables du surnom (Grobari) de leurs rivaux. En effet,  le pseudonyme que portent fièrement les fans du Partizan provient des couleurs (noir et blanc) du club que les employés des pompes funèbres portaient. Du côté du Red, les relations avec le club restent cordiales. « Nos relations avec les Delije sont bonnes dans le sens où nous aimons le club autant qu’eux. Et nous sommes fiers de leurs animations. Lorsqu’il y a des incidents où certains ultras sont concernés, nous faisons notre possible pour que les autorités policières visent à punir les individus impliqués, et non les associations de supporters ou l’institution même de l’Étoile Rouge », confiaient Marko Nikolovski le responsable des relations publiques et Stefan Pantovi le secrétaire général du club à nos confrères de So Foot. 

Autre source de conflit dans les tribunes, le parcours des deux géants serbes dans les compétitions européennes. Les supporters du Partizan se sont longtemps vantés d’être le seul club serbe à avoir atteint une finale de la Coupe des clubs champions, en 1966. Cependant, ce succès prend fin lorsque l’Etoile Rouge remporte « la Coupe aux grandes oreilles » en 1991 face à l’Olympique de Marseille de Jean-Pierre Papin. La même année les Rouge et Blanc soulèvent la Coupe intercontinentale, opposant les vainqueurs de Coupe des clubs et de la Copa Libertadores, face aux Chiliens de Colo Colo.

Cependant, le derby de Belgrade est souvent entaché de violents affrontements entre hooligans. En septembre 1989, la fin du match sifflé, les supporters du Partizan envahissent le terrain et l’après-match se solde par des heurts dans le centre-ville provoquant 17 blessés du côté de la police pour seulement sept arrestations.

La plupart du temps, ce match détermine le vainqueur de la SuperLiga. Au-delà du football, les travées du stade tremblent toujours quand les fidèles des deux équipes encourageront leurs équipes.

Elioth Salmon

Večiti derbi, un derby en tribunes

Le bilan des clubs français en Ligue des Champions #5

La cinquième journée de Ligue des Champions commence à dégager l’avenir pour les clubs français. Paris est déjà assuré de terminer premier de son groupe et Lille dernier du sien. Concernant Lyon, la tâche se complique mais tout reste jouable.

L’accablant constat lillois

Que dire de plus… Les journées se suivent et se ressemblent pour le LOSC. Encore une fois, les hommes de Christophe Galtier ont eu des occasions au stade Pierre Mauroy contre l’Ajax. Mais, comme lors des quatre rencontres précédentes, ils se sont avérés maladroits devant le but, en témoigne l’énorme raté d’Ikoné à quelques mètres du but. Ils ont également été à nouveau dépassés par le talent des joueurs adverses et particulièrement par Ziyech et Promes. Résultat : une défaite 0-2 et une dernière place de la poule validée. Cela élimine définitivement les Lillois de toutes compétitions européennes cette saison. Il faudra espérer pour eux un retour en LdC l’an prochain avec davantage d’expérience pour un effectif qui reste jeune… Du moins, si tous les joueurs ne sont pas vendus d’ici là.

Le PSG assure difficilement la première place

2-2 ! Au vu du score, ce Real Madrid – Paris Saint Germain a tenu toutes ses promesses. Pourtant, les joueurs du club de la capitale ont été dépassés. Le milieu de terrain qui avait été si fort au match aller s’est fait rouler dessus par Valverde, Kroos et Casemiro. Sans un Navas très en forme face à son ancienne formation, les coéquipiers du Costaricien auraient même pu couler. Mais dans le football tout est possible et alors que Benzema inscrivait son second but pour les Madrilènes à la 79ème, cela a sonné le tournant du match. Après cette réalisation, la défense ‘Merengue’, et particulièrement Varane et Courtois, s’est trouée coup sur coup. De quoi laisser Mbappé puis Sarabia en profiter pour égaliser. La prestation parisienne sera sûrement insuffisante pour la suite de la compétition. Mais avec ce point glané au Santiago Bernabeu, le PSG s’offre la première place de sa poule et s’assure d’éviter le Bayern, Manchester City, le FC Barcelone et la Juventus en huitièmes de finale. De quoi espérer un tirage plus abordable que lors des éditions passées.

Lyon se complique la tâche

C’est un classique Lyonnais ! Quand le plus dur semble être fait, les ‘Gones’ ont pris pour habitude de gâcher ce qui a déjà été réalisé. L’histoire s’est encore répétée en Russie sur la pelouse du Zénith Saint Petersbourg. Une défaite 2-0 malgré des stats de possession et de tirs équilibrées, une défense centrale à la rue et des Cornet et Traoré maladroits à la finition, tout ou presque montre une impression de déjà-vu. Il faudra s’imposer au Parc OL face à Leipzig, leader du groupe avec 10 points soit trois de plus que Lyon et le Zénith, pour se qualifier pour les huitièmes de finale. D’ici là, espérons que Rudi Garcia parvienne à trouver la solution pour développer un meilleur jeu avec son groupe. Pour le moment, peu de progrès semblent avoir été effectué depuis l’ère Génésio. 

Jérémy Guiraud

Le bilan des clubs français en Ligue des Champions #5

Football et Handicap : destins croisés

Le handicap dans le sport prend de plus en plus d’importance au fil des années. Au nom de l’universalité, le football développe des variantes de sa pratique originelle pour les personnes en situation de déficience physique.

Aujourd’hui, diverses fédérations mettent en place des compétitions adaptées pour le plus grand nombre. Focus sur les principaux types de football handisport parfois méconnus par le grand public.

Le foot-fauteuil

Le foot-fauteuil est une variante très proche du football traditionnel, puisque seules certaines règles sont modifiées. Il existe deux différences majeures, que sont le terrain, et le nombre de joueurs sur celui-ci. N’étant pas possible de jouer sur une pelouse classique en fauteuil, les rencontres se déroulent sur un parquet de Basket-ball mesurant entre 25 et 30 mètres de longueur sur 14 à 18m de largeur. De ce fait, les deux équipes ne peuvent pas jouer à onze contre onze par manque de place. Chaque formation doit donc titulariser un gardien et trois joueurs de champs. Chacun de ceux-ci possède une chaise électrique sur laquelle est positionnée un pare-chocs à l’avant pour entrer en contact avec le ballon, mais aussi protéger l’intégrité des sportifs. La balle a elle était imaginée plus grosse, pour faciliter la pratique.

Cette variante sportive est apparue pour la première fois en France en 1978. Cette création a été développée différemment l’année suivante par le Canada. Ces deux modèles ont ensuite inspiré les différents pays du monde, pour obtenir depuis 2005 un sport ayant la même réglementation partout sur le globe. Cette année-là fut créée la Fédération Internationale de Powerchair Football Association (FIPFA), qui régit encore aujourd’hui le foot-fauteuil international. Ils ont notamment organisé la première coupe du monde en Octobre 2007 à Tokyo. Cette édition a été remportée par les Etats-Unis, victorieux de l’équipe de France en finale aux tirs aux buts. Ceux-ci ont réédité cette performance 4 ans plus tard à Paris. Cependant, en 2017 ce règne Américain va prendre fin avec la victoire de l’équipe de France en Floride.

Le football pour personnes amputées

La pratique du football est, depuis 1980, possible avec des béquilles pour les personnes souffrant d’une amputation d’un membre inférieur ou supérieur. Cette nouveauté provient d’un Américain nommé Sir Don Bennet, lui-même souffrant de ce handicap depuis un accident de bateau. 

Cette variante est sensiblement identique au football originel puisque les pratiquants exercent ce sport debout comme les personnes valides. Cependant, les équipes ne sont pas composées de 11 personnes mais de 6 joueurs de champs ainsi qu’un gardien. Seul ce dernier est obligatoirement amputé d’une main, les autres étant dépourvus d’une des deux jambes. Ceux-ci ne sont pas autorisés à porter des prothèses en compétitions. Lors des matchs, l’utilisation volontaire des moignons pour s’aider, est strictement interdite et peut être sanctionnée au même titre qu’une main au football pour valide. De plus, il est parfaitement illégal de se servir de ses béquilles contre un adversaire, sous peine d’être exclu et condamné d’un pénalty.

Il existe deux compétitions majeures en Europe pour les footballeurs amputés, que sont l’AMP Futbol Cup, et la Coupe d’Europe. La dernière édition de l’AMP a été remporté par l’Angleterre en Pologne. Quant à la Coupe d’Europe, la Turquie est venue à bout de cette même équipe Anglaise en finale.

Le Cécifoot

Les personnes déficientes visuelle peuvent elles aussi pratiquer un football adapté à leur handicap. Les rencontres de cécifoot se déroule sur un terrain de futsal avec des barrières latérales sur les bords. Durant deux périodes variant entre 20 et 25 minutes selon la compétition, les équipes s’affrontent à 4 contre 4 accompagné d’un gardien. Les joueurs de champs étant aveugles partiellement ou totalement, ceux-ci ont les yeux bandés pour établir une égalité parfaite entre tous. Pour permettre aux attaquants de se repérer dans l’espace, des guides sont positionnés derrières le but adverse. Les goals possédants eux la vision, ils servent également de guide oral pour leurs coéquipiers lorsque le ballon n’est pas en jeu, par exemple durant les coups de pieds arrêtés. De plus, le ballon émet des bruits lors de ses déplacements pour que les joueurs puissent savoir où celui-ci se situe.

Cette pratique du football est de plus en plus répandue dans la sphère Handisport. En effet, depuis 2004, le Cécifoot est officiellement une discipline officielle des Jeux Paralympiques. Plus récemment, il a été décidé que le football pour les mal-voyants sera une des compétitions des premiers Jeux Paralympiques Africain, se déroulant au Maroc en 2020.

D’autres variantes de ce sport existent pour les personnes en situation d’handicap, tels que par exemple, le Foot à 7, ou bien le Football Sourds. Cependant, les 3 types présentés précédemment sont les principaux, et tendent encore aujourd’hui à évoluer.

Mathis Fessard

Football et Handicap : destins croisés

Sadio Mané, d’enfant fugueur à star du ballon rond

Au sommet du football mondial avec Liverpool, Sadio Mané est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs attaquants de la planète. Mais enchaîner les buts et faire partie des favoris pour le Ballon d’Or était loin d’être une évidence pour celui qui a dû braver les interdits pour pratiquer sa passion. Retour sur son incroyable parcours.

Sadio Mané a vu le jour le 10 avril 1992 à Bambali, un petit village proche de la ville de Sédhiou, dans le sud du Sénégal. Fils d’imam, le jeune Sadio adore le foot plus que tout. Il passe son temps à l’extérieur, un ballon dans les pieds, et rêve comme beaucoup d’enfants à travers le monde de devenir un jour footballeur professionnel. Malheureusement pour lui, sa famille très religieuse n’est pas d’accord, préférant que le petit Sadio fasse des études comme il le racontera plus tard : « Je suis né dans un village où il n’y a jamais eu de footballeurs ayant participé aux grands championnats. Je me souviens que quand j’étais petit, mes parents pensaient que je devais étudier pour devenir professeur. Ils pensaient que le football était une perte de temps et que je n’y arriverai jamais. ». Bloqué par ses proches, l’attaquant des Reds va tout faire pour réaliser ses rêves. A 15 ans, il décide donc de fuguer, de tout quitter, pour aller à Dakar dans l’espoir de se faire repérer. Il sera finalement retrouvé par ses parents qui le feront revenir au village. Ces derniers prendront conscience que le football est bien plus qu’une passion pour leur fils et décideront de l’accompagner dans son projet. Le joueur avouera que « cette fugue a changé toute [sa] vie ». 

La suite s’écrira à M’bour, ville réputée pour son football au Sénégal. C’est là-bas que Mané va se présenter pour une détection, en 2009, et que son talent sera pour la première fois repéré malgré un équipement plus que rudimentaire : « Il y avait deux-trois cents jeunes qui attendaient en file pour tenter leur chance. Ça partait mal pour moi car quand je me suis présenté, on m’a un peu ri au nez. J’avais une culotte qui ne ressemblait en rien à un short de foot et mes chaussures étaient toutes déchirées sur le côté, réparées comme j’avais pu avec du fil. Ceux qui faisaient passer les tests me regardaient bizarrement. Comme je n’étais pas trop mal, j’ai été pris. C’était le début de mon aventure ». C’est durant un championnat de foot de quartier qu’il se fait repérer et il est rapidement aiguillé vers Génération Foot, l’un des nombreux clubs de Dakar. Là-bas, il passe des tests qui s’avèrent concluants : « Quand j’ai vu son toucher de balle, je me suis dit que c’était un bon joueur. Après deux jours de tests, j’ai dit : « celui-là, on le prend direct. » » raconte Abdou Diatta, recruteur pour Génération Foot. Ses qualités de percussion, de vitesse et de dribble finissent de convaincre tout le monde au club dakarois. Sur le côté de l’attaque comme aujourd’hui à Liverpool, il fait les beaux jours de Génération Foot et participe à la montée en deuxième division sénégalaise à l’issue de la saison 2010/2011. 

Le triplé le plus rapide de l'histoire de la Premier League

Mais il ne restera pas très longtemps dans le championnat national puisqu’à l’été 2011 il part en direction du FC Metz grâce à un partenariat entre les deux clubs. Il fait ses débuts professionnels le 14 janvier 2012 à la 75ème minute face à Bastia. Mais pour Mané, le début de l’aventure en Europe n’est pas tout rose chez les grenats. Il jouera 21 matchs sous le maillot messin et trouvera le chemin des filets qu’une seule fois. Il aurait alors caché à ses dirigeants une pubalgie qui le faisait souffrir pour continuer de jouer. Malgré ces débuts difficiles, il est suivi de près par le RB Salzbourg. Il va d’ailleurs faire ses valises pour le club autrichien en échange de 4 millions d’euros versés au FC Metz à l’été 2012. Cette saison est décidément charnière dans la carrière du natif de Bambali puisqu’il va aussi connaître ses premiers pas avec les Lions de la Teranga. Il débute face au Maroc alors entraîné par Éric Gerets et offre la passe décisive à Moussa Konaté pour le but de la victoire. A la rentrée, le jeune Sadio découvre alors l’Autriche à l’âge de 20 ans et c’est au RB Salzbourg qu’il va prendre son envol. Pour sa première saison, il plante 19 buts en 29 matchs toutes compétitions confondues. L’année suivante, il fait encore un carton et remporte cette fois le championnat et la Coupe d’Autriche inscrivant au passage 23 buts en 50 matchs toutes compétitions confondues. Ses performances font du bruit en Europe et notamment en Angleterre où Southampton lui fait les yeux doux. Il y est transféré à l’été 2014 contre un chèque d’environ 23 millions d’euros.  

Pour sa première saison avec les Saints, Mané inscrit 10 buts en 30 matchs de championnat dont un coup du chapeau face à Aston Villa lors de la 37ème journée. Il s’agit du hat-trick le plus rapide de l’histoire de la Premier League. Il aura suffi de seulement 2 minutes et 56 secondes à l’attaquant pour inscrire un triplé. La saison suivante, l’international sénégalais fait un peu mieux avec 11 buts en championnat et 15 réalisations toutes compétitions confondues, faisant de lui le meilleur marqueur de l’équipe sur la saison. Son talent attire l’intérêt des grosses écuries anglaises et c’est le Liverpool FC qui rafle la mise en échange de 41 millions d’euros. Il est alors le joueur africain le plus cher de l’histoire (aujourd’hui 6ème derrière Nicolas Pépé, Mahrez, Aubameyang, Naby Keita et Salah). Ses débuts avec les Reds sont plutôt bons. Il marque pour son premier match officiel sous ses nouvelles couleurs à Arsenal pour le compte de la 1ère journée. Il termine là aussi meilleur buteur de la saison avec son nouveau club avec 13 buts en 27 matchs. Sa deuxième saison du côté d’Anfield est moins fructueuse en Premier League avec 10 buts mais Mané en plantera aussi 10 en Ligue des Champions. Liverpool réalise un très beau parcours européen allant jusqu’en finale. Mais les Reds perdront face au grand Real Madrid qui fera la passe de 3. Un parcours où Mané s’est montré décisif, inscrivant notamment 1 but à l’aller comme au retour des demi-finales face à la Roma ainsi qu’en finale lors de la défaite 3 buts à 1 contre les Merengue. Durant l’été, le joueur de Liverpool se rend en Russie pour la Coupe du Monde avec les Lions de la Teranga dans une poule très équilibrée où sont présents la Colombie et le Japon. Le Sénégal échoue à se qualifier pour les huitièmes. Il termine à égalité de points avec la sélection nippone, même différence de buts, même nombre de buts marqués et encaissés. L’affrontement entre les deux équipes ayant donné un match nul, c’est le nombre de cartons jaunes qui vient les départager et les Sénégalais passent finalement à la trappe. 

Parmi les favoris pour le Ballon d'Or

La saison suivante est celle de la consécration pour Liverpool comme pour Sadio qui affole les compteurs. Il termine meilleur buteur en Premier League avec 22 réalisations à égalité avec son coéquipier Mohamed Salah et Pierre-Emerick Aubameyang. Collectivement, aussi, c’est une franche réussite. Les Reds soulèvent la Coupe aux Grandes Oreilles et terminent à la deuxième place en Premier League avec un total de points historique pour un dauphin. Un franc succès qui se poursuit depuis le début de saison et globalement Liverpool, comme Sadio Mané, sont inarrêtables sur l’année 2019. Ce dernier a d’ailleurs réalisé un joli parcours lors de la CAN 2019 allant jusqu’en finale avec le Sénégal mais devant s’incliner face à l’Algérie. Sur le plan statistique, comme sur le plan collectif, Mané réalise donc une année tout simplement exceptionnelle qui lui permet naturellement d’être sélectionné parmi les 30 finalistes du Ballon d’Or et de faire partie des favoris pour le titre. Une nomination à laquelle le joueur a rapidement réagi : « Honnêtement, ça a toujours été un rêve de gamin […] Ce serait exceptionnel pour moi de gagner ce Ballon d’Or. Ça a toujours été mon rêve et je serai fier de le réaliser. Je serais l’homme le plus heureux. ». Et si son rêve se réalise, il serait le premier joueur africain à remporter le Ballon d’Or depuis un certain George Weah en 1995. Autre moment gratifiant pour Mané lors de la remise du prix FIFA « The Best » remporté par Lionel Messi. L’international sénégalais n’était pas sélectionné parmi les trois finalistes, une anomalie pour certains. Mais ce qui a surtout touché le joueur des Reds c’est que la Pulga avait voté pour lui : « C’est un grand compliment quand Messi vote pour toi. Si vous regardez d’où je viens, ça montre que j’ai fait beaucoup de chemin. ». 

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Un parcours difficile, comme il le rappelle, qui lui a appris à rester humble mais surtout à être généreux avec les siens et ceux qui l’ont aidé à arriver à ce niveau-là. Rester simple, c’est son mode de vie : « Pourquoi voudrais-je 10 Ferrari, 20 montres et 2 avions ? J’ai eu faim, j’ai dû travailler sur le terrain, j’ai survécu aux guerres, joué au football pieds nus mais aujourd’hui avec ce que je gagne grâce au football, je peux aider mon peuple. En outre, je donne 70 euros par mois à toutes les personnes d’une région très pauvre du Sénégal ». Des mots forts suivis par des actes. Près de 280 000 euros de dons pour construire un lycée dans son village de Bambali qu’il est allé visiter à l’été 2019. Mané a également donné des fonds pour la construction d’un hôpital, aidé à l’achèvement d’une mosquée et d’un stade de foot mais aussi, 300 habitants de Bambali se sont vus offrir un maillot de Liverpool. A 27 ans, Mané n’a donc pas fini de faire le bonheur de ses proches. Que de chemin parcouru pour l’enfant de Bambali, contraint de fuguer pour réaliser ses rêves. 

Hugo Martin

Sadio Mané, d’enfant fugueur à star du ballon rond