Football

La Masia est-elle en crise?

Sanctuaire des valeurs barcelonaises, la Masia est le centre de formation le plus réputé de la planète football. Mine d’or au début du siècle, elle n’est désormais que l’ombre d’elle-même. Les jeunes formés dans « la ferme » ne jouent plus les premiers rôles ni au Barça, ni en Europe. Système obsolète ou mauvaise gestion, y a-t-il un pilote dans la Masia ? 

« Més que un club »

La Masia est le poumon de l’institution Barcelone. Le club catalan qui se vend comme « més que un club » crée ce centre de formation en 1979. Yohan Cruyff en est l’architecte conceptuel. L’Hollandais reconnaît l’importance d’une formation précoce et orientée. La Masia devient alors le berceau du jeu si cher au Barça, le tiki-taka valorisant le contrôle, le mouvement et la recherche d’espaces par le déplacement. Depuis 2011 le centre de formation a délaissé la ferme originelle pour construire un gigantesque complexe sportif pour élever et former de futurs champions. Le centre coûte 20 millions d’euros par an au club, ce sont les frais de fonctionnement les plus élevés au monde. La qualité a un prix. 16 équipes de jeunes et 270 joueurs y évoluent et s’imprègnent des 6 valeurs que prône l’institution blaugrana : 3 valeurs sur le terrain, position, possession et pressing. Et 3 valeurs dans le coeur, humilité, respect et ambition. Pour cela les jeunes pousses de la Masia bénéficient d’un accompagnement au quotidien, de la catégorie « infantil » jusqu’au Barça B : encadrement, suivi psychologique, physique, éducation. Rien n’est laissé au hasard pour assurer l’héritage de l’ADN FC Barcelone.

Des résultats incontestables

Ces jeunes joueurs sortant de la Masia obtiennent généralement leur chance avec le groupe pro. Avec plus ou moins de réussite. Entre les années 2000 et 2010 le cru obtenu est inestimable : Valdes, Puyol, Busquets, Xavi, Iniesta, Fabregas, Messi et bien d’autres. Les promesses de la Masia confirment et le FC Barcelone domine le football européen. Le Barça de Guardiola représente l’apogée du modèle blaugrana théorisé par Cruyff. L’équipe catalane réalise un sextuplé historique en 2009 avec une colonne vertébrale issue du centre de formation, dont l’entraîneur. En 2010 le trio de tête du Ballon d’or est composé à 100% de joueur formés à la Masia. La sélection espagnole championne du monde en 2010 aligne, lors de la finale, 6 joueurs ayant été formés dans le mythique centre de formation. En 2012, Tito Vilanova aligne une onze inédit essentiellement formé au club. C’est la consécration. Le modèle Barcelonais est alors à son apogée, l’équipe marque l’histoire de son sport et s’invite à la table des meilleures formations de l’histoire. 

Une direction floue

Mais alors pourquoi depuis quelques années les promotions n’arrivent plus à s’imposer en équipe première? Entre 2011 et 2018, seul Sergi Roberto a pu intégrer durablement l’équipe type. Les jeunes déçoivent et sont souvent prêtés, Munir, Bojan, Deulofeu. Ou s’exporte assez tôt à l’image de Thiago Alcántara ou Marc Bartra. De plus l’interdiction de recrutement en 2015 a forcé le Barça a miser sur des recrues préventives. Mais au delà de cette interdiction les direction catalane dépense sans compter sur le marché des transferts depuis quelques saisons : Coutinho, Neymar, Dembélé, Malcolm, Arthur, Griezmann… Et rarement avec succès. La génération 2010 de la Masia n’est peut-être tout simplement pas au niveau. Le football européen réclame un niveau de performance exceptionnel et le Barça B est depuis quelques saisons un habitué de la relégation. Tandis que le groupe pro peine à se renouveler. Les dirigeants font également le choix de recruter des joueurs pour compléter leur formation. Des jeunes de 17 à 20 ans intègrent l’équipe B et prennent la place des jeunes pousses. De plus arriver en cours de formation est un vrai défi car la méthode barcelonaise est extrêmement difficile à assimiler. Tous ces facteurs font que le prestige de l’académie s’effrite. Les aînés ont-ils placé la barre trop haute ?

Mais l’espoir renaît, une jeune génération de joueur en provenance de la Masia commence à obtenir des résultats. En 2018, le Barça remporte la Youth League. L’Espagne remporte l’édition 2019 de l’Euro U19 avec un bon nombre de catalan dans l’effectif. Cette saison le gamin de 16 ans Ansu Fati obtient du temps de jeu. Le cru est de qualité, il ne reste plus qu’à l’institution de le sublimer.

Eliot Poudensan

La Masia est-elle en crise?

Réal – PSG : Remontada express

Pour le compte de la 5ème journée, le Réal Madrid accueillait le Paris Saint-Germain et avait à cœur de se racheter après la débâcle au parc des princes. Portés par la ferveur de leurs socios et par un Benzema très inspiré, les stars de la casa blanca n’ont pourtant pas réussi à glaner les 3 points et devront se contenter d’un seul. Retour sur la Presta haut de gamme des parisiens.

Les compos

Le Réal domine…

Dans un Santiago Bernabeu plein comme un œuf, les hommes de ZZ ont fait face, et avec la manière. Benzema très inspiré, Hazard en forme et Marcelo de retour au top. Et surtout, Valverde ! La jeune pépite uruguayenne a réalisé (encore) une performance de haut niveau en muselant bien Verratti et en résistant à Gueye physiquement. Il est même l’auteur d’une très bonne passe dé pour Benzema à la 17ème minute. Avec 58 % de possession en première période, le Réal illustre sa domination en pilonnant le but avec 17 frappes (2ème total le plus élevé des madrilènes en champions). Seulement 3 sont cadrés, Benzema et Hazard prennent deux poteaux. Fort heureusement pour eux, les hommes de Zidane ont vu la chance basculer avant la fin du premier acte lorsque Courtois reçoit un carton rouge après une faute sur Icardi. Mais ni penalty ni carton rouge pour le « prince du seum » suite à une faute de Gueye sur Marcelo juste avant. Et merci la VAR ! 

Mais le Réal s'incline

Dans un match d’emblée très ouvert, madrilènes et parisiens se sont rendus coup pour coup en seconde période. Paris pousse mais c’est finalement le Réal qui marque. Modric, qui venait remplacer son protégé Valverde est venu délivrer une délicieuse passe pour Rodrygo à la 79ème qui sert Benzema pour le 2-0. Seulement, deux minutes plus tard, c’est le natif de Bondy Killian Mbappé qui vient réduire la marque sur un centre à ras de terre mal négocié par Varane. Et les parisiens, sûrement très inspiré par le quadruplé de Lewandowski en 14 minutes, marquent un deuxième but à la 83ème soit quatre minutes après le but de Benzema. Draxler frappe à l’orée des 16 mètres mais déviée, la balle retombe dans les pieds de Sarabia qui vient dépoussiérer la lucarne de Courtois du pied gauche. Bon coaching de Tuchel qui avait fait rentré les deux joueurs quelques minutes plus tôt. Bien vu Thomas… Score final, 2-2, Paris exulte. Navas, encore une fois très bon, se réjouit pour la suite.

Jules Arguel

Réal – PSG : Remontada express

Pep Guardiola : Entre amour et désamour

Adulé par certains, vivement critiqué par d’autres, Pep Guardiola ne laisse personne indifférent. Parti à la conquête de la Premier League il y a trois ans maintenant, il a mis tout le monde d’accord en remportant deux titres de champion d’Angleterre consécutifs, malgré une concurrence des plus féroces. Et pourtant, le technicien catalan suscite toujours autant d’interrogations, et son travail est systématiquement remis en cause. Zoom sur l’un des entraîneurs le plus populaire de sa génération.

Identité de jeu et progression des joueurs

S’il y a bien une chose que Pep Guardiola a systématiquement réussi, c’est imprimer sa vision du football aux équipes qu’il a entraînées. Un football offensif, spectaculaire, reposant sur des longues phases de possession afin de trouver le bon décalage, au bon moment. Un style de jeu auquel on a pas tardé à donner un petit surnom : le tiki-taka. De quoi agacer le concerné qui rejette avec véhémence cette appellation, qui n’a d’après lui rien à voir avec son style de jeu.

En effet, par définition, tiki-taka renvoie à un style de jeu basé sur une possession sans but précis. Or, dans l’esprit de Guardiola, le jeu de possesion de son équipe a un objectif particulier : marquer. Cela ne l’avait pas empêché, lors d’une rencontre de Ligue des Champions disputée face à Arsenal alors qu’il entraînait le Bayern Munich (2014), de dire à ses joueurs :

 

Pour une fois, je veux que vous fassiez exactement ce que je déteste le plus, ce que je vous ai dit être de la merde. Du tiki-taka. Je suis désolé, mais aujourd’hui, je veux que vous fassiez exactement cela, juste pour un moment. Passez le ballon sans but. Passez le ballon juste pour passer le ballon. Vous allez vous ennuyer et vous aurez l’impression que c’est un exercice inutile, mais il y a une raison. Nous voulons garder la balle et ennuyer Arsenal à mourir, les empêcher de nous prendre la balle. Ils finiront par se rendre compte que tout leur pressing est inutile parce qu’ils ne seront jamais à portée du ballon. Vous n’aurez pas besoin de moi pour vous dire quand passer à autre chose. Au bout de dix minutes, quand vous pourrez voir qu’ils sont à court d’essence, qu’ils s’ennuient et qu’ils perdent espoir, quand vous verrez qu’ils ne chassent plus la balle avec autant d’agressivité, messieurs, c’est à ce moment-là que je veux que vous commenciez le véritable match. C’est à ce moment-là que nous arrêtons le tiki-taka et commençons à jouer notre football.”


Sa plus grande réussite semble donc d’être parvenu à inculquer cette idéologie de jeu à Manchester City, dans un championnat historiquement réputé pour son aspect physique, souvent dominant sur l’aspect tactique. Si l’adaptation a mis un peu de temps, la première saison des SkyBlues étant pour le moins décevante, cela en valait finalement la peine. Depuis, les coéquipiers de Kévin De Bruyne, devenu une pièce maîtresse du système citizen, raflent tout sur la scène nationale. L’an passé, en plus du championnat, Guardiola et ses hommes ont également remporté le Community Shield, la League Cup ainsi que la Cup, venant étoffer encore un peu plus le palmarès du technicien catalan.

Si Pep Guardiola voue une fidélité sans faille à ses principes de jeu, cela ne l’a pas pour autant empêché de s’adapter selon certaines situations qu’il a traversées. En 2015, à l’occasion d’une demi-finale aller de Ligue des Champions disputée avec le Bayern sur la pelouse du Barça, il avait alors accepté de renoncer à son jeu de possession habituel, lui préférant une approche plus défensive. A l’arrivée, une défaite sur le score de 3 à 0, plutôt lourde au vu du match où les Munichois étaient parvenus à résister longtemps aux offensives adverses. 

L’autre grande force de Pep Guardiola réside dans sa capacité à faire progresser, parfois de manière fulgurante, ses joueurs. Une qualité qui doit très fortement jouer en sa faveur dans le vestiaire, et qui explique pourquoi celui-ci est toujours resté très impliqué. 

A Manchester, le tacticien espagnol a fait passé un cap à un joueur que beaucoup d’observateurs considéraient déjà comme ayant atteint son plafond de verre, à savoir Raheem Sterling. L’attaquant anglais est devenu un redoutable finisseur sous les ordres de son nouvel entraîneur, devenant un pion essentiel dans l’animation offensive des Citizens, et ce malgré une forte concurrence à son poste.

Quand il était en charge du Bayern, Pep Guardiola a notamment su tirer le meilleur de plusieurs joueurs, certains d’ailleurs devenus méconnaissables aujourd’hui. On pense notamment à Jérôme Boateng, un joueur qu’adorait Guardiola, et à qui il a confié une sorte de rôle de “quaterback” afin de casser les lignes adverses.

Le meilleur exemple reste sans aucun doute celui de Joshua Kimmich, arrivé en Bavière en 2015, en provenance de la Bundesliga.2. Comme le raconte le joueur dans The Players Tribune, c’est bien le technicien catalan qui a insisté pour qu’il rejoigne le Bayern Munich. La saison suivante, il n’hésitera d’ailleurs pas à donner du temps de jeu à un joueur alors méconnu des fans de l’Allianz Arena. 

Quatre ans plus tard, Joshua Kimmich est devenu indéboulonnable en club et en sélection, et il est d’ailleurs plus que probable de le voir, dans un futur proche, en porter le brassard de capitaine.

Echecs en LDC et syndrome de la comparaison

Si Pep Guardiola a toujours brillé avec ses équipes dans les compétitions disputées sur le sol national, on lui reproche en revanche d’avoir contre-performé trop souvent en Ligue des Champions.

C’est d’ailleurs l’argument qui revient souvent dans la bouche de ses détracteurs : il n’a jamais remporté la Ligue des Champions avec un autre club que le Barça. Lors de ses trois années passées sur le banc du Bayern, il se sera systématiquement heurté au stade des demi-finales, si l’on regarde le verre à moitié vide. 

Finalement, c’est surtout du côté de Manchester City que ce défaut rejaillit le plus, alors que Guardiola n’a disputé aucune demi-finale en trois ans. 

Mais alors, d’où provient le problème ? D’une idéologie de jeu incompatible avec la Ligue des Champions ? C’est ce que beaucoup d’observateurs considèrent, alors que l’infériorité numérique des Citizens en phase défensive a régulièrement été l’une des causes de leurs échecs dans la compétition.

Autant dire que l’ancien coach du Barça va être scruté de près à l’occasion de cette édition 2019-2020 de la Coupe aux grandes oreilles, dans laquelle City joue gros, car déjà distancé en Premier League par Liverpool.

Un autre facteur, extérieur cette fois, explique également pourquoi l’image de Pep Guardiola est si controversée. Il s’agit de ce besoin perpétuel, dans nos sociétés actuelles, d’avoir recours à des comparaisons afin de déterminer une hiérarchie, de déclarer qui est le meilleur, et qui est le moins bon. On le voit notamment à travers le duel Cristiano Ronaldo-Lionel Messi, systématiquement évoqué dans la sphère médiatique et sur les réseaux sociaux. Mais ce culte de la comparaison se retrouve également à l’échelle des tacticiens ; ainsi, depuis deux ans maintenant, on assiste à un nouveau duel créé de toutes pièces par les réseaux sociaux : Klopp VS Guardiola.

Forcément, cette configuration tend à motiver chacun à trouver des arguments afin de dévaloriser l’un par rapport à l’autre, ce qui explique ainsi pourquoi ces entraîneurs voient leur image transformée, car manipulée au quotidien par tous. 

Par exemple, depuis quelques mois, une nouvelle tendance contre Guardiola s’est diffusée sur Twitter, reprochant à l’entraîneur de Manchester City d’exagérer ses gestes et son coaching en présence des caméras.

Le symbole des dérives du jeu des comparaisons, dont les arguments finissent inéluctablement par sortir complètement du cadre du débat.

Paul Stefani

Pep Guardiola : Entre amour et désamour

Jack Grealish : le joyau de Villa Park

Capitaine d’Aston Villa depuis maintenant 8 mois, le milieu offensif anglais affiche des statistiques intéressantes en ce début de saison de Premier League. Focus sur un joueur qui pourrait rapidement faire les beaux jours de la sélection anglaise. 

Brassard au bras, numéro 10 dans le dos, Jack Grealish foule tous les week-ends les pelouses de Premier League avec son club de coeur. Formé au club, ce milieu offensif technique a moultes fois fait rugir les travées de Villa Park la saison dernière, en inscrivant 6 buts et en délivrant 6 passes décisives lors de la saison régulière de Championship, la deuxième division anglaise. 

Grand artisan de la remontée de son club en Premier League, il a également délivré 2 passes décisives lors des play-offs d’accession à la première division, en fin de saison dernière. Courtisé par plusieurs clubs de l’élite anglaise, il a fait le choix de rester fidèle au club qui lui a offert l’opportunité d’évoluer au plus haut niveau. Affichant un niveau et une régularité impressionnants depuis le début de saison, Jack Grealish a néanmoins été laissé de côté par le sélectionneur anglais Gareth Southgate, et ce malgré ses récentes performances.

Un dribbleur né

La qualité technique du milieu offensif est indéniable. Avec une moyenne d’1,9 dribbles par match depuis le début de saison, le natif de Birmingham provoque beaucoup ses adversaires, comme en témoignent ses statistiques de fautes subies par match, qui s’élèvent à 4 par rencontre. 

Souvent positionné côté gauche depuis le début de saison dans un dispositif en 4-3-3, Grealish évolue en faux-pied, ce qui lui permet de rentrer vers l’intérieur une fois le ballon reçu sur l’aile. Ce style de jeu, que beaucoup d’ailiers affectionnent (Eden Hazard, Lionel Messi, Mohamed Salah, Sadio Mané…) permet de créer des espaces sur l’aile pour le latéral qui apporte un soutien offensif, ou tout simplement de créer des occasions franches de but, puisque le joueur s’ouvre l’espace vers le but en repiquant dans l’axe.

Un repositionnement gagnant

Interrogé sur son tout récent repositionnement, le joueur anglais ne tarde pas à exprimer son contentement pour son nouveau rôle. “Je sais ce que j’apporte à l’équipe, je sais ce que je fais chaque match. C’est pour ça que l’entraîneur m’a positionné plus haut. Je ne joue pas réellement comme un ailier gauche, mais plus comme un numéro 10 avancé” déclarait Jack à Aston Villa TV. 

Un repositionnement qui rime avec une nouvelle approche tactique mise en place par Dean Smith. “Le coach voulait que Anwar (El Ghazi), Ginny (John McGinn) et moi soyons plus proches de Wesley. Si on veut tirer le meilleur de Wes, il faut qu’on soit proches de lui, pour lui permettre de jouer en remise et faire jouer ses partenaires. C’est pour ça qu’il a été aussi efficace à Norwich. C’est de cette façon que nous avons essayé de jouer ces derniers temps, et ça fonctionne.” Un capitaine qui connaît parfaitement les qualités de ses coéquipiers, ça n’a pas de prix. Son repositionnement sur l’aile gauche coïncide avec le retour des bons résultats pour les joueurs de Villa. Le club n’a perdu que 3 matchs sur les 7 disputés depuis le repositionnement de Jack Grealish sur l’aile gauche, dont une défaite face à Manchester City, actuel tenant du titre en PL, une face au champion d’Europe Liverpool, et une contre les Wolves, qui disputent la Ligue Europa. Pas de quoi s’inquiéter donc pour le club, qui a connu beaucoup de bouleversements lors du dernier mercato.

Une ambition sans faille

Adulé par les supporters d’Aston Villa, le milieu offensif de 24 ans donne tout pour son équipe. Après un transfert avorté, à l’été 2018, vers Tottenham, le joueur avait donné une interview pour le Birmingham Mail, où il tenait ces propos : “C’est mon club. J’ai toujours rêvé de jouer pour eux depuis que je suis gamin. (…) Tout ce dont je rêve, c’est de retrouver la Premier League, avec ce club.”
Voilà qui est maintenant chose faite, et désormais le capitaine des Villans a les yeux rivés vers la sélection anglaise. “Depuis que je joue en Premier League, je sens que mes performances s’améliorent match après match. Tout ce que je veux, c’est jouer avec la sélection Anglaise, et marquer autant de buts et délivrer autant de passes décisives que possible.” Le lion n’est donc jamais rassasié…

Hugo Kucharski

Jack Grealish : le joyau de Villa Park

Le Derby des éternels ennemis

La capitale grecque est partagée en trois clubs principaux : l’AEK Athènes, l’Olympiakos et le Panathinaikos. Mais c’est bien le « derby des éternels ennemis » entre les deux derniers cités qui déchaîne les passions. 

Dans une société hellénique où le football est mal perçu à l’époque, Giorgos Kalafatis fonde le Panathinaikos le 3 février 1908. Le club devient l’équipe de la bourgeoisie athénienne, dans une Grèce où le football est vu comme un sport de « basses classes ». Après la Première Guerre mondiale, le traité de Lausanne signé en 1923 entraîne un redécoupage des frontières européennes. Le traité instaure notamment un échange de population entre la Grèce et la Turquie impliquant une arrivée importante de migrants de l’autre côté d’Athènes, au port du Pirée. Ainsi en  1925, les cinq frères Andrianopoulos décident de créer l’Olympiakos. Il représente alors le club de la classe populaire : les travailleurs du port. Les premiers affrontements sont donc marqués par l’opposition entre la bourgeoisie d’Athènes et le peuple. Le Pana remporte le premier championnat en 1930 en écrasant son rival sur le score de 8-2. La saison suivante, l’Olympiakos est sacré champion à son tour, la rivalité sportive peut alors commencer. 

En Grèce, le football se développe en parallèle des instabilités politiques qui touchent le pays. En 1946, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, une guerre civile éclate. Le football, comme souvent, est l’opium du peuple. Tout au long de la dictature, les frontières ne s’ouvrent que pour le foot. Le Panathinaikos arrive à se hisser en finale de la Coupe des clubs champions face à l’Ajax Amsterdam de Cruyff en 1971. Le président de l’Olympiakos promet une prime aux joueurs s’ils parviennent à ramener la Coupe à Athènes. Malgré le soutien de milliers de supporters qui ont fait le déplacement jusqu’à Wembley, l’équipe s’incline 2-0. À leur retour en Grèce, les joueurs se voient sanctionnés d’une amende par le gouvernement. Il faut alors attendre la chute de la dictature en 1974 pour que le football devienne professionnel.

Des rencontres violentes

Les supporters ont retranscrit leur rivalité à travers la violence durant de nombreuses années. C’est pour ça que depuis 2008, les fans visiteurs sont interdits de déplacement afin d’endiguer les excès les jours de match. Les hooligans des deux équipes trouvent tout de même de nouveaux moyens, parfois extrêmes, pour s’affronter. En octobre 2013, le local de la Gate 13 (principal groupe de supporter du Panathinaikos) est victime d’un attentat à la bombe. Mais qui a dit que la violence ne se limitait qu’aux supporters ? 


En 2002, après un penalty sifflé en faveur de l’Olympiakos, les joueurs, le staff mais également le président du Pana envahissent le terrain pour frapper l’arbitre. Pour certains, cet acte montre la bêtise des dirigeants mais pour d’autres la ferveur : on ne peut pas perdre un derby, c’est une question d’honneur. Un an plus tard, en mai 2003, le stade Karaiskakis étant en travaux pour les Jeux Olympiques, le derby se déroule alors dans le vétuste stade Georgios-Kamaras. Ce match étant important pour le titre, il est reconnu aujourd’hui sous le nom de « l’enfer de Kamaras ». Le service de sécurité est débordé et les joueurs du Panathinaikos se retrouvent menacés dans leur vestiaire par des fans locaux. L’ambiance hostile monte d’un cran au début de la rencontre jusqu’au moment où une scène improbable se déroule : les supporters pointent des armes sur les joueurs adverses. Finalement, l’Olympiakos remporte le match 3-0 et sera sacré la journée suivante face à Xanthi. En 2011, le Panathinaikos, mené par Djibril Cissé, se déplace au Karaiskakis. A la 81eme minute, le Pana marque un but injustement refusé pour une position de hors-jeu. Mais l’histoire est cruelle et l’Olympiakos marque dans le temps additionnel le but de la victoire… qui est alors hors-jeu.  A la fin de la saison, le Thrylos remporte le championnat, et Djibril Cissé, alors considéré comme le meilleur joueur du championnat, décide de quitter la Grèce, écœuré par l’arbitrage et le racisme dont il est victime.

Le derby aujourd’hui

Le « derby des éternels ennemis » ne se limite pas au football. Les deux clubs étant omnisports, les matchs sont aussi tendus qu’il s’agisse, de volley-ball ou de water-polo ou surtout de basket. Les salles des deux équipes sont toujours remplies, et la culture du supporter est très différente de la nôtre, avec des fumigènes allumés en intérieur par exemple.

Depuis 2010, la Grèce est au cœur d’une crise économique. Le football passe alors au second plan, et acheter un billet pour aller au stade devient superflu. Les stades sont aujourd’hui loin d’être remplis, même pour un derby entre les deux rivaux. Le football est également touché par la crise, les clubs ont du mal à payer les joueurs. De plus,  le championnat perd ses stars et a du mal à garder ses pépites. En difficulté financière, la direction du Panathinaikos a échappé de peu à la faillite et décidé de quitter le stade Olympique pour retourner dans leur antre historique, Apóstolos-Nikolaïdis, entre 2013 et 2018, avant d’y revenir l’an dernier. Sans succès, puisque lors du derby de mars 2019, le stade n’a accueilli que 19000 spectateurs sur les 70000 que peu recevoir l’enceinte.

Aujourd’hui, surtout, l’image de ces clubs est différente. Alors club du peuple, l’Olympiakos a été racheté en 2010 par Evangelos Marinakis, un riche homme d’affaire grec qui a fait fortune dans le secteur du transport maritime. Le club est donc le plus dominant sur le plan national, contre des clubs qui ne peuvent même plus concurrencer l’Olympiakos car ils sont touchés par la crise. C’est le cas du Panathinaikos, ancien club bourgeois aujourd’hui sévèrement affaibli par cette crise. Le club du peuple est devenu riche, le club bourgeois pauvre, mais il reste une rivalité toujours aussi forte.

Elioth Salmon

Le Derby des éternels ennemis