Fabio Quagliarella, italian-trotter

Fabio Quagliarella, italian-trotter

Il fait partie de ces doyens du football, de ceux qui représentent un autre temps. Fabio Quagliarella, le “papi-buteur” de la Samp’, a démarré sa carrière professionnelle avant l’an 2000. Retour sur le parcours de celui qui sillonné l’Italie du foot, sans jamais la quitter.

Un soleil éclatant, des champs de blé à perte de vue, quelques citronniers et, sur la ligne d’horizon, la silhouette sombre du Vésuve. C’est dans ce décor que naît Fabio Quagliarella, le 31 janvier 1983. Enfant, il va au stade acclamer Maradona, lors de la plus belle décennie du Napoli, avant de rejoindre le centre de formation du Torino à l’âge de 10 ans. Professionnel à 16 ans, il fera ses premières armes avec le club grenat, qui le prêtera aussi à la Fiorentina et à Chietti. Là, dans les Abbruzes, au même endroit où Fabio Grosso avait démarré sa carrière, Quagliarella s’affirme : il marque 19 buts en 47 matchs, et connaît sa première sélection avec les Espoirs après avoir fréquenté les autres catégories de jeunes.

Gravir les marches

Le natif de Campanie prend son temps. En 2005, il quitte Torino pour rejoindre Ascoli, promu en Serie A, où il marquera ses premiers buts dans l’élite. Ce n’est que la saison suivante, à la Sampdoria, qu’il éclate aux yeux de l’Italie. Formant une paire très complémentaire avec Bonazzoli, il se fait remarquer par ses buts spectaculaires, souvent marqués depuis l’extérieur de la surface, ce qui devient sa marque de fabrique.  Canonnier pour les uns, “roi de la patate chaude” pour les autres, il devient à 23 ans un espoir pour l’Italie et intègre la liste des 23 pour les derniers matchs de qualifications à l’Euro 2008, inscrivant un doublé gagnant contre la Lituanie. Il part cet été-là pour l’Udinese, confirmant son potentiel, en particulier lors d’une deuxième saison où il trouve enfin une certaine régularité et termine deuxième meilleur buteur de la Coupe de l’UEFA avec 9 buts.

Naples, le rêve brisé

Son profil attire de plus en plus, et si José Mourinho tente de le faire venir à l’Inter, Quagliarella décide de revenir aux origines : il signe à Naples, pour former un trio séduisant avec Hamsik et Lavezzi. Là, il peut faire parler la poudre, mais aussi sa qualité de passe et son explosivité. Sa saison napolitaine se termine avec un bilan correct : 11 buts, 5 passes décisives, une 6e place qualificative pour le club. Don Fabio est même du voyage pour le Mondial 2010 avec la Squadra Azzurra, où il marque un superbe but, sans pouvoir empêcher la défaite contre la Slovaquie.

Pourtant, le buteur souffre. Les attentes étaient grandes, et les supporters contestent sa place de titulaire. Personne ne le sait, mais Quagliarella est alors victime de harcèlement. Un policier, Raffaele Piccolo, devenu son ami suite à une affaire de piratage, lui envoie des lettres anonymes l’accusant d’être un pédophile et un trafiquant de drogue. Les lettres touchent aussi sa famille et certains membres du club. Piccolo fait jurer à Quagliarella de ne rien dire pendant qu’il mène l’enquête : une supercherie. Le joueur reçoit même un cercueil avec sa photo dessus. Incapable de se concentrer sur le football, le buteur quitte Naples après la Coupe du Monde et rejoint la Juve. Trahison ultime pour les fans. La vérité n’éclate qu’en 2017, quand le père du numéro 27 se rend au commissariat pour exiger que l’enquête avance plus vite : or, on lui répond qu’il n’y avait pas d’enquête. Une fois l’affaire publique, les tifosi napolitains acclament le joueur et déploient une banderole en son honneur : il y redevient “le fils de cette ville”. La mafia napolitaine elle-même recherche le policier ripoux et jure de venger l’attaquant.

Objectif épanouissement

A la Juve donc, Quagliarella se remet à l’endroit. Ses premiers mois sont très prometteurs, puisqu’il est le meilleur buteur du club à la trêve hivernale, mais il se blesse début janvier. Sans lui, la Vieille Dame chute au classement, et termine à la 7e place. La saison suivante est difficile pour lui. En plus de l’affaire de harcèlement, il a du mal à s’adapter au style d’Antonio Conte et fait face à la concurrence de Matri et Vucinic. Mais ses 4 buts sont importants et permettent à la Juventus d’être sacrée championne d’Italie en restant invaincue. Rares, ses réalisations sont toujours spectaculaires et décisives. Cela sera aussi le cas après son retour au Torino, en 2014 : son premier but en championnat permet d’arracher une victoire, et il marque aussi lors de la première victoire des grenats dans le derby turinois depuis 20 ans, le 26 avril 2015. Il inscrit cette saison-là 17 buts, finissant meilleur réalisateur de son club formateur.

A l’hiver 2016, il quitte à nouveau le Piémont pour retourner dans le club qui l’a révélé aux yeux de la Série A : la Sampdoria de Gênes. Il y retrouve un club avec moins de pression, au moment où l’affaire Piccolo traine en longueur, et où on lui fait confiance. Titulaire, Quagliarella est même le vice-capitaine de l’équipe, et empile les buts. Serein, débarrassé de son harceleur, il réalise la meilleure saison de sa carrière en 2017-2018, avec 19 buts marqués, à 35 ans. Cette saison, il continue sur cette lancée : dans une forme éblouissante, il réalise une Madjer contre Naples, égale le record de Batistuta en marquant au moins un but lors de 11 matchs de suite et est actuellement le meilleur buteur du championnat, passant pour la première fois de sa carrière la barre des 20 réalisations. Une dynamique qui lui vaut d’être rappelé en sélection. Face au Liechtenstein, en éliminatoires pour l’Euro 2020, Don Fabio offre une passe décisive au jeune Moise Kean et réalise un doublé, devenant le plus vieux buteur de l’histoire de la Nazionale.

Aussi élégant que le maillot qu’il porte, sous contrat avec la Samp’ jusqu’en 2020, Quagliarella n’a pas fini de marquer des buts époustouflants.

Xavier Regnier

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