L’équipe-type des talents gâchés du football (partie II)

L’équipe-type des talents gâchés du football (partie II)

Un talent gâché est un joueur qui n’a pas réalisé la carrière que son talent lui prédestinait.

Le foot est un milieu cruel, ou le talent pur ne suffit pas. Les joueurs doivent travailler, s’entraîner, gérer leur image et faire les bons choix tout au long de leur carrière. Certains se sont brûlé les ailes, d’autres ont été victimes de graves blessures à répétition, quand quelques-uns ont fait des choix de carrière douteux. 

Voici la suite du XI publié la semaine dernière.

Andreï Archavine

Andreï Archavine débute sa carrière au Zénith Saint-Pétersbourg où il fait ses classes et se révèle à la face du monde. Le milieu offensif (mais aussi ailier) remporte un championnat de Russie en 2007, une coupe UEFA en 2008 mais surtout atteint les demi-finales de l’Euro 2008 avec la sélection russe. Il se classe même à la sixième place du Ballon d’or en 2008 ! Remarqué par Arsenal, il y signe en janvier 2009. Ambitieux, il s’illustre dès ses premiers matchs. Il claque un quadruplé contre Liverpool. Est élu homme du match lors d’un huitième de finale retour de Ligue des champions contre Porto. Arsenal l’emporte 5-0, Archavine est impliqué sur 4 buts. Puis le néant. Seulement utilisé par Arsène Wenger comme joker de luxe il quitte finalement Arsenal dans l’oubli en 2013. N’arrivant pas à retrouver son niveau d’antan il cire le banc du Zenith puis est envoyé à Krasnodar à l’été 2015 où il ne joue que 9 matchs. Il termine sa carrière en novembre 2018 après une dernière aventure au Kazakhstan. La pépite n’aura jamais réussi à confirmer loin de ses terres.

Bojan Krkić

Bojan compile tous les maux d’un joueur aux ailes brisées : syndrome de la comparaison, grave blessure, dépassé par la pression du haut niveau. Pur produit de la Masia, il bat tous les records de précocité avec le FC Barcelone à partir de ses débuts en 2007. Plus jeune Blaugrana à participer à un match de Ligue des champions, plus jeune buteur de Liga, plus jeune Barcelonais à atteindre les 100 matchs, plus jeune sélectionné avec l’équipe d’Espagne. Rapide, technique et agile, il est alors marqué au fer rouge du titre de « nouveau Messi ». En plus de cette pression supplémentaire, Bojan est victime de fortes crises d’anxiétés, il est allé trop haut, trop vite, il n’a même pas 18 ans. Après 2 saisons à regarder dans les yeux les Ronaldinho, Iniesta, Henry, Messi, il ne s’impose plus comme titulaire depuis que son anxiété le domine, il côtoie de plus en plus souvent le banc. Ecarté par Guardiola, il signe pour l’AS Roma en 2011 puis est prêté en 2012 à l’AC Milan. Deux énormes échecs, l’ombre de Messi plane sur lui, il souffre bien trop de la comparaison. Les projecteurs ne sont plus braqués sur lui au moment où il signe à l’Ajax puis à Stoke City où il évolue de 2014 à 2019 (avec deux prêts à Mayence et Alavès). En Angleterre il retrouve un bon niveau mais subit une rupture des ligaments croisés. Le sort s’acharne. Aujourd’hui à l’Impact Montréal, le « nouveau Messi » n’aura jamais pu exprimer son plein potentiel, rendu muet par l’ombre dévorante qui planait au-dessus de ses frêles épaules.

Hatem Ben Arfa

« Hatem, c’était Messi. Je l’ai vu faire des choses incroyables, mais il n’a pas fait les bons choix de carrière ». En quelques mots Karim Benzema résume la carrière de son ancien coéquipier à Lyon et en équipe de France espoirs. À l’heure du bilan, et hormis Benzema, la génération terrible de 1987 (Ben Arfa, Ménez, Nasri) est un énorme gâchis de talent. Hatem en est le cas le plus grave. Révélé à l’OL entre 2004 et 2008 il signe ensuite à Marseille après un bras de fer avec la direction lyonnaise. Puis à Newcastle après deux ans à l’OM. Après des débuts prometteurs, Nigel De Jong lui brise la jambe, double fracture du tibia péroné. Son retour après 6 mois d’absence vire au cauchemar, il est envoyé à Hull City en 2014 puis passe une année blanche lors de la saison 2014-2015. Le manque de professionnalisme du prodige franco-tunisien est pointé du doigt : fainéant, mal conseillé, ingrat, individualiste. Tout autant que son indéniable talent : dribbleur hors pair, explosif, très fin techniquement grâce à son pied gauche soyeux, une conduite de balle exceptionnelle, capable de créer comme de finir les actions. « Quel gâchis de talent pur… C’est criminel. » déclare Steve Bruce (coach d’Hull City) en 2015. Lors de la saison 2015-2016, l’enfant terrible revient en Ligue 1, à l’OGC Nice, il réalise une saison exceptionnelle (18 buts en 37 matchs) et émerveille tous les observateurs. Malheureusement l’espoir se meurt aussitôt. Hatem signe au PSG et, en froid avec l’entraîneur Unaï Emery, fait de la figuration. À 32 ans aujourd’hui et après une saison correcte à Rennes, Ben Arfa est désormais sans club. Son gâchis est à la hauteur de son talent, monstrueux. 

Alexandre Pato

La jeune pépite brésilienne débarque au Milan AC en août 2007. En provenance du SC Internacional avec lequel il s’est illustré notamment lors de la coupe du monde des clubs 2006. Suite à des problèmes de contrat il ne joue son premier match qu’en janvier 2008. Jouant au côté de son idole Ronaldo « Il fenomeno » et de ses compatriotes Kaká, Cafu et Ronaldinho, il se fait vite remarquer et la presse italienne s’enflamme. Très rapide, létal en un contre un, agile et bon de la tête, il réalise en 2008/2009 sa saison la plus prolifique (18 buts en 42 matchs). Dans la peau d’un titulaire indiscutable à l’aube de l’exercice 2009-2010, il empile les blessures et pépins physiques qui l’écartent peu à peu du onze et le privent même d’une sélection avec le Brésil pour la coupe du monde 2010. Le golden boy 2009 continue de côtoyer l’infirmerie et perd son statut d’idole de San Siro. Ses retours sont éclipsés par les performances du nouveau fer de lance milanais, un certain Zlatan Ibrahimovic. Excédés par ses blessures, les dirigeants lombards envoient Pato au Corinthians en janvier 2013. En 6 ans il joue pour 5 clubs différents sans jamais vraiment s’imposer. Après un passage en Chine convaincant, mais pas à la hauteur de son talent, Pato évolue aujourd’hui au Brésil au Sao Paulo FC. À 30 ans, sa carrière est derrière lui, bien loin de ses folles jeunes années milanaises.

Michael Owen

Michael Owen est l’exemple de la précocité. Avec Liverpool, son club de coeur, il est sacré meilleur buteur de Premier League pour ses deux premières saisons complètes, magique. Il remporte avec les Reds deux League Cup, une FA Cup, un Community Shield et une coupe de l’UEFA, fantastique. Il est élu plus jeune Ballon d’or de l’histoire en 2001, historique. Petit et frêle, le gamin d’Anfield régale par sa vitesse, son goût de la profondeur, sa technique et son sens du but. À la surprise générale en 2004, le « boy wonder » est le nouveau galactique du Real Madrid, le club de ses rêves. Mais barré par la concurrence il se contente d’un rôle de joker. En 2005, Newcastle casse sa tirelire pour attirer « Magic Michael ». Désireux de se relancer, Owen promet de nombreux buts. Malheureusement son corps l’abandonne et ses blessures à répétition ne lui permettent pas de s’imposer chez les magpies en 4 saisons. Entre 2009 et 2012 il joue pour Manchester United où il récupère le 7 de Ronaldo. Il ne laissera pas la même trace que les illustres numéros 7 qui lui ont précédé (52 matchs pour 17 buts en 3 saisons). Il termine sa carrière dans l’anonymat à Stoke City à seulement 32 ans. L’allégorie d’un génie, trahi par son corps, a qui il à manqué ce soupçon de chance.

Adriano

L’étoile filante brésilienne, un joueur éclatant mais à la carrière fulgurante. Lors de l’été 2001 le jeune Adriano débarque à l’Inter Milan en provenance de Flamengo. Directement prêté à la Fiorentina puis à Parme. Il se met très vite l’Italie dans la poche grâce à ses 24 buts en 37 matchs avec le club sicilien. Ce colosse supersonique, doté d’un pied gauche précis, une technique au-dessus de la moyenne et surtout d’une frappe chirurgicale. Il est très vite comparé à Ronaldo le Brésilien. L’Inter le rapatrie dès l’hiver 2003-2004. Le natif de Rio ne perd pas de temps pour mettre tout le monde d’accord. Zlatan dira de ce dernier qu’il est le joueur le plus impressionnant avec lequel il a joué : « He was an animal ». Mais tel un animal Adriano est instable et imprévisible. La mort de son père l’a détruit et cela se ressent sur le terrain. À partir de 2006 la chute commence. Sortie nocturne, alcoolisme, entraînements passés à l’infirmerie et dépression ne riment pas avec performance et carrière durable. Entre 2007 et 2012 il alterne entre retours au pays, belles promesses, retour en Europe, désillusions. « L’imperatore » comme il est appelé en Italie est monté très haut. Sa palette offensive paraissait illimitée, un joueur potentiellement plus complet que R9. Mais voilà, les frasques et la vie extra sportive mouvementée ont éclipsé les accélérations foudroyantes et les feintes de corps dévastatrices pour laisser un génie fragile et perdu, loin des titres et du succès. 

Eliot Poudensan

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