Les guerriers de l’Ajax

Les guerriers de l’Ajax

Dans cette troisième revue historique, la Feuille de Match vous emmène du côté des Pays-Bas. Direction Amsterdam, dans les années 70, époque qui restera le premier âge d’or du club de l’Ajax.

28 mai 1969, au Santiago Bernabeu. L’AC Milan, vainqueur de la Coupe Européenne des Clubs Champions en 1963, affronte l’Ajax Amsterdam, en finale de cette même compétition. Les Ajacides, première équipe néerlandaise de l’histoire à atteindre la finale d’une telle rencontre, cherche à aller chercher son premier trophée de son histoire dans la compétition. Finalement, les Néerlandais seront trop faibles, et l’AC Milan s’offrira un deuxième titre européen, sur une victoire nette de 4 buts à 1. Pourtant, cette finale permettra à toute l’europe de découvrir le football Néerlandais, qui sera au pouvoir pendant une grande partie des années 70.

Une domination sous l’égide du Football Total

Après une victoire du Feyenoord Rotterdam dans l’édition 1970 de la compétition face au Celtic, l’Europe entière est prévenue : les Pays-Bas sont désormais au rendez-vous. Vainqueurs de l’Eredivisie en 1970, les joueurs de Rinus Michels se présentent en Coupe d’Europe avec un jeu totalement innovant : le Football Total. Fini le style de jeu défensif prôné par les différentes grosses écuries du monde, place au football, au vrai. Ce style, désormais bien connu des amateurs du ballon rond, consiste en la participation de la totalité des joueurs aux phases offensives et défensives. Beaucoup de permutations et d’efforts sont alors demandés aux joueurs, ce qui leur oblige d’avoir une condition physique exceptionnelle pour pouvoir répéter les efforts.

Pour l’époque, ce principe de jeu paraissait irréalisable. Pourtant, l’Ajax sera couronné de succès Européens pendant une partie des années 70. Dès leur entrée en lice dans l’actuelle Ligue des Champions, les Amstellodamois affrontent le club Albanais du KF Tirana. Après un match nul 2-2 à l’extérieur, les joueurs de l’Ajax s’imposent 2-0 à domicile, et passent au deuxième tour.

Pour cette deuxième confrontation dans la plus prestigieuse des compétitions européennes, les Ajacides rencontrent le FC Bâle. Après une victoire 3 buts à 0 au stade De Meer (ancien stade de l’Ajax Amsterdam), avant d’aller gagner 2-1 du côté de la Suisse. Le Football Total fait ses preuves, et les Néerlandais peuvent désormais accéder aux quarts de finale.

Cette fois, la tâche s’annonce plus corsée. Au tirage au sort, l’Ajax hérite du finaliste de l’édition précédente : le Celtic Glasgow. Fini la plaisanterie, place à la confirmation. Et les Ajacides ne vont pas décevoir. Une belle victoire 3-0 à Amsterdam, qui scellera définitivement leur qualification dès le match aller, la défaite 1-0 au retour n’étant qu’une formalité. Johan Cruyff et ses acolytes foncent donc vers une demie-finale de Coupe Européenne.

Pour son entrée dans le dernier carré, l’Ajax affronte l’Atlético Madrid. Les Colchoneros s’imposent 1-0 à domicile, et les supporters commencent à douter. Néanmoins, après un match retour formidable à Amsterdam, les joueurs de l’Ajax s’imposent 3-0, et filent droit vers une finale qui s’annonce d’ores et déjà surprenante, leur adversaire étant lui-même très surprenant.

Finale de 1971 : un premier sacre “logique”

Les joueurs de l’Ajax affrontent donc, pour cette finale, le club Grec de Panathinaïkos, qui demeure aujourd’hui le seul club Grec ayant réussi à se hisser aussi haut dans la compétition, à Wembley. Les Ajacides veulent aller chercher ce titre européen, afin d’asseoir leur domination sous l’égide du football total.

Les compos d’équipes :

L’Ajax va très rapidement prendre l’avantage dans cette rencontre par un but de leur avant-centre van Dijk, dès la 5e minute de jeu. Par la suite, les ajacides vont manquer beaucoup d’occasions de corser l’addition, et le but victorieux ne viendra qu’à la 87e minute, par un but contre son camp du défenseur grec Kapsis. L’Ajax, sans réellement convaincre dans cette rencontre, sera sacré champion d’Europe pour la première fois de son histoire.

Saison 1971/1972 : la confirmation

Pour cette nouvelle saison, l’Ajax aura à coeur de défendre son titre de champion d’Europe. Au premier tour, les néerlandais affrontent Dresde, qu’ils finiront par battre 2-0 au match aller, avant d’aller chercher le match nul en Allemagne.

Lors du deuxième tour, l’Ajax hérite de l’Olympique de Marseille au tirage au sort. Après une victoire 2 buts à 1 à Marseille, les Ajacides vont s’imposer assez facilement 4-1 à Amsterdam, et les Néerlandais s’envolent pour les quarts de finale. Leur jeu, très séduisant, ravit les différents amoureux du football aux quatre coins du monde.

En quart de finale, l’Ajax Amsterdam affronte les Gunners d’Arsenal. Après une victoire 2-1 à Amsterdam, ils vont s’imposer 1-0 à Londres, et filent vers les demies finales. Face au Benfica, dans le dernier carré, les Ajacides s’imposent 1-0 à Amsterdam, avant d’aller accrocher le nul à Lisbonne, et ainsi s’assurer une place en finale.

Finale 1972 : la victoire du football total sur le catenaccio

Pour cette finale de 1972 de la Coupe Européenne des Clubs Champions, l’Ajax affronte l’Inter Milan, au Feyenoord Stadion de Rotterdam. Cette rencontre est une opposition de deux styles totalement différents : le Football Total des Néerlandais, où le jeu est très offensif et basé sur les mouvements et permutations offensives ; et le Catenaccio, un style de jeu hyper défensif, où chaque joueur doit rester en place, et où le bloc est positionné très bas pour contre-attaquer.

Dès le début du match, la star Néerlandaise Johan Cruyff est marqué de très près, lui qui est le dépositaire du jeu des Ajacides. C’est le jeune italien de 19 ans Gabriele Oriali qui se charge de garder un oeil sur le joueur offensif de l’Ajax. Pendant un long moment, cela a fonctionné. Jusqu’à ce que Cruyff ne réussisse à se libérer de son marquage par deux fois, à la 47e et la 78e, pour venir conclure deux belles actions. Le score sera scellé après ce deuxième but, et l’Ajax s’impose 2-0 à Rotterdam, et s’offre son deuxième titre européen consécutif.

73 : le dernier titre européen avant une vingtaine d’année

L’année suivante, l’Ajax conserve son titre. En effet, après s’être défaits de du CSKA Sofia au deuxième tour, du Bayern Munich en quarts de finale, puis du Real Madrid en demie, l’Ajax se retrouve contre… la Juventus de Turin, en finale. Cette rencontre, disputée au Stade de l’Etoile Rouge de Belgrade, en Yougoslavie, a penché en faveur des Néerlandais, et ce très rapidement.

Dès la 4e minute de jeu, Johnny Rep ouvre le score qui vient tromper le gardien de la Juve d’une belle tête, bien que le gardien turinois ne soit pas exempt de tout reproche sur l’action. Par la suite, les turinois vont un peu plus se ruer à l’offensive, sans grand succès. L’Ajax s’offre donc un troisième titre consécutif dans la compétition. Le dernier avant 1995.

En effet, quelques semaines plus tard, les supporters de l’Ajax apprenaient le départ de Johan Cruyff en direction du FC Barcelone. Ce fut un choc pour beaucoup de supporters. Le football espagnol ouvrait enfin ses portes aux joueurs étrangers, avec des conditions salariales bien meilleures qu’aux Pays-Bas. Cruyff avait des envies d’ailleurs, comme beaucoup de joueurs de l’Ajax, et l’entraîneur avait dû faire face à de nombreux problèmes de concentration de la part de certains joueurs avant la finale de Coupe Européenne des Clubs Champions de 1973. Après ces départs, un cycle prit fin du côté d’Amsterdam, bien que le Football Total soit entré dans les moeurs pour l’éternité. C’est désormais l’ADN de ce club de l’Ajax Amsterdam, et de bien d’autres clubs aujourd’hui, comme le FC Barcelone, ou encore Manchester City, bien qu’il soit utilisé sous une autre forme.

Cette équipe de l’Ajax a donc connu ses heures de gloire au début des années 70. Le Football total, alors inconnu, a pris une grande place dans ces différents succès, puisqu’il était innovant, et a permis de développer la vision du “beau jeu” que nous avons de nos jours. Grâce notamment à leur légende Johan Cruyff, les joueurs de cet Ajax sont entrés dans la légende… Pour l’éternité.

Hugo Kucharski

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *