Les sites de paris sportifs misent gros sur le sponsoring

Les sites de paris sportifs misent gros sur le sponsoring

Depuis une décennie, les opérateurs de paris sportifs ont petit à petit envahit la scène du football européen. A tel point que se font rares désormais les clubs ne possédant pas un opérateur de paris sportifs en tant que partenaire ou sponsor dans les grands championnats en Europe. Comment se sont-ils développés durant ces dernières années, et pourquoi ces derniers suscitent de plus en plus de polémiques notamment outre-Manche ? 

Lors de la fabuleuse saison 2006/2007 du Milan AC d’Andrea Pirlo qui vit le club rossoneri remporter sa septième Ligue des Champions, un détail a pu passer inaperçu aux yeux du grand public. En arborant « Bwin » sur son maillot, un an avant le Real Madrid, le club lombard fut le premier club européen à signer un contrat de sponsoring avec un opérateur de paris sportifs. Treize ans plus tard, cela semble anodin si bien que dix clubs de Premier League possèdent un opérateur de paris sportifs en tant que sponsor principal, et seulement trois des vingts clubs de l’élite anglaise ne disposent ni d’accord de sponsor ni de partenariat avec ce type d’opérateurs. 

Les opérateurs de paris sportifs en Ligue 1, une option de sponsoring encore peu développée

Bien que le marché des paris sportifs ait été ouvert à la concurrence en France en juin 2010, le premier opérateur à investir dans le sponsoring maillot d’un club français fut Betclic, par le biais d’un accord avec l’Olympique Lyonnais en 2009. 

Pour cette exercice 2019/2020, seuls deux clubs de l’élite (Lille avec Winamax et Montpellier avec PasionoBet) ont signé un contrat de sponsoring avec un opérateur de paris sportifs. PasinoBet est le dernier bookmaker en date à avoir été accepté par l’ARJEL (l’Autorité de Régulation des Jeux En Ligne) mais sa réputation reste assez faible auprès des parieurs. Ainsi, pour se développer et améliorer sa notoriété, la compagnie a décidé de conclure un accord de sponsoring maillot avec  Montpellier pour les cinq prochaines saisons. Un contrat qui devrait rapporter au club héraultais entre 250 000 et 850 000 euros par an. Les autres écuries ne sont pas en reste puisque l’opérateur Partouche est également présent du côté de Dijon, Metz et Toulouse, apparaissant sur les panneaux publicitaires des stades. De même pour ZEBet qui en possède du côté de Saint-Etienne ou encore Unibet avec le Paris Saint-Germain.  

Le marché des paris sportifs en Angleterre, ou l'art de la démesure

Si les opérateurs de paris sportifs se font rare sur les maillots des clubs de Ligue 1, ces derniers sont omniprésents outre-Manche, où le « betting » apparaît presque comme un mode de vie. En 2016, le British National Health Service (NHS) déclarait que plus d’un britannique sur deux jouaient à des jeux de paris sportifs ou hasard. Un chiffre qui a de quoi choquer mais qui n’est finalement pas si étonnant lorsque l’on sait que près de 8500 boutiques de paris sportifs ou jeux de hasard existent sur le territoire anglais. 

Pour cette saison 2019/2020, la moitié des clubs de Premier League ont signé un contrat avec un opérateur de paris sportifs. Seuls Brighton, Sheffield United et Southampton font figure d’exception. Ce phénomène touche également la Championship (2e division anglaise) où 17 des 24 équipes sont sponsorisées par un opérateur de ce genre. D’autant plus que ces derniers sont prêts à payer de plus en plus cher pour figurer sur les maillots des clubs du championnat de football le plus regardé au monde. En tout, les opérateurs de paris sportifs auraient déboursé 69 millions de livres cette saison, soit dix millions de livres de plus que la saison passée. 

Des bookmakers qui font polémique

Bien que le sponsoring maillot par des opérateurs de paris sportifs soit lucratif pour les clubs, il fait également polémique de par ses dangers d’addiction et d’isolement. De ce fait, des mesures ont été prises en Angleterre comme en Italie mais qui sont plus ou moins acceptées et appliquées par les différentes instances. Si l’Angleterre tend à reconnaître les dangers et à faire des progrès, les décisions prises de l’autre côté des Alpes sont la source de nombreux débats. 

En Angleterre, il semble que les différentes parties aient trouvé un terrain d’entente. Et ce sont les opérateurs de paris sportifs eux-mêmes qui ont pris la décision de leur plein gré de ne plus diffuser de spots publicitaires lors des rencontres sportives télévisées. En 2017, dans le même sens, la Fédération Anglaise de Football (FA) avait quant à elle décidé de ne plus engager d’opérateurs de paris sportifs comme partenaire, renonçant ainsi aux quatre millions de livres que leur proposaient Ladbrokes. De plus, la Fédération Anglaise n’autorise désormais plus les logos d’opérateurs de paris sportifs sur les maillots de foot réplica vendus aux mineurs. 

Des décisions qui font l’unanimité en Angleterre, ce qui n’est certainement pas le cas en Italie où la guerre entre le Premier Ministre Luigi Di Maio et les instances footballistiques transalpines est déclarée, en raison de la loi « Dignité », votée en juillet 2018. Cette loi contient un article visant à interdire les opérateurs de paris sportifs de sponsoriser une quelconque organisation sportive. Une mesure qui fait polémique alors que quinze des vingts clubs de Serie A possédait un partenariat avec un bookmaker lors de la saison 2018/2019. Cette mesure ne vise pas seulement les compagnies de paris sportifs mais également les diffuseurs TV puisque ces derniers ne pourront plus diffuser de spots publicitaires de paris sportifs lors des pages de publicité durant les rencontres sportives. Pour le moment, les clubs de l’élite italienne ont obtenu une dérogation, mais la plupart d’entre eux comptent bien braver l’interdiction en raison du faible montant de l’amende (20% du montant du contrat, plafonnée à 50 000 euros). 

Les opérateurs de paris sportifs se développent ainsi de plus en plus en Europe, l’Angleterre étant incontestablement au premier rang. Si le sponsoring maillot des opérateurs se fait encore rare en France, il ne fait aucun doute que cette méthode va se développer dans les prochaines années au vu du potentiel non seulement pour les opérateurs et pour les clubs. 

Hugo Martin

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