Mertens, le petit diable de Naples

Mertens, le petit diable de Naples

Déjouer les pronostics. Surmonter les préjugés. Sortir du cadre. Se distinguer. Comme d’autres joueurs, Dries Mertens a connu toutes ces étapes pour devenir un footballeur professionnel malgré un physique jugé trop frêle par beaucoup de recruteurs. Et, à l’image d’un Antoine Griezmann qui a dû s’exiler pour avoir une chance, forger sa légende dans la baie de Naples.

Après ses premiers pas sur un terrain de foot à Louvain à l’âge de 9 ans, Dries est vite repéré par l’un des plus grands clubs belges : Anderlecht. Il y effectue presque toute sa formation mais, au moment où l’on commence à plonger dans le grand bain, il est recalé. Pas assez costaud pour l’équipe première, il rejoint la réserve de la Gantoise et découvre la sélection nationale avec les U17. Un preuve déjà que son talent vaut plus que les aptitudes physiques de ses camarades.

De la D3 à l’Europe

Mais là aussi, son physique lui ferme les portes de l’équipe première, alors qu’il sort des catégories jeunes. La seule solution est un prêt, en troisième division belge, un échelon réputé pour ses duels rugueux, à l’Eendracht Alost. Malgré des chances de souffrir inversement proportionnelles à celles d’y être vu par des recruteurs, Ciro se démène et s’affirme comme l’un des meilleurs joueurs de son équipe, marquant 4 buts en 14 rencontres, se forgeant déjà une réputation de fin dribbleur.

Trop petit pour la D1 belge, trop talentueux pour les divisions inférieures, Mertens passe la frontière et s’engage en D2 néerlandaise, à Apeldoorn, à tout juste 19 ans. Son coach, John van den Brom, saisit immédiatement l’étendue de son talent et lui confie les clés du jeu, en compagnie d’un autre belge appelé à se révéler, Nacer Chadli. Une vraie marque de confiance pour le petit attaquant, qui décrochera le titre de “meilleur talent de l’année”, en portant le brassard de capitaine, en 2009. Après trois saisons pleines, une centaine de matchs ponctués de 31 buts et 16 passes décisives, le belge passe enfin en première division, à Utrecht. Lumineux, Mertens porte son équipe en championnat, et est désigné deuxième meilleur joueur de la saison en Eredivisie, derrière un certain Luis Suarez…

La saison suivante, l’attaquant continue de virevolter dans les surfaces de réparations adverses, et pour la première fois sur la scène européenne. Cette saison-là marque aussi sa première sélection en équipe nationale A, le 9 février 2011, lors d’un amical contre la Finlande. A l’issue de la saison, Mertens, 14 buts et 18 passes décisives au compteur, attire l’oeil de l’Ajax, Tottenham, ou encore de son club formateur, prouvant que son physique frêle n’enlevait rien à ses qualités.

La confirmation

Source : Vincent Teeuwen, Flickr

Malgré des offres prestigieuses donc, le Belge choisit une progression plus tranquille en rejoingnant le PSV Eindhoven. A l’aise en Eredivisie, encore en rodage au niveau européen, l’attaquant veut continuer à engranger de la confiance et commencer à remplir son armoire à trophée : il remporte ainsi la Coupe et la Supercoupe des Pays-Bas en 2012 avec le PSV. Il devient surtout un joueur complet, à l’aise tant devant le but qu’à la passe, et gagne en efficacité. En deux saisons, il est décisif 67 fois en 62 matchs de championnats (37 buts, 30 passes décisives) et s’impose en sélection nationale avec 8 offrandes et 2 buts en 16 sélections.

Les pelouses hollandaises devenant trop petites pour lui, Mertens rejoint la Série A et le Napoli à l’été 2013, à 26 ans. La barrière de la langue et les caractéristiques du championnat italien ralentissent son intégration, et il ne marque que deux buts lors de la première partie de saison. Mais le deuxième, inscrit à domicile contre l’Inter, agit comme un déclic. Dès le retour de la trêve, il inscrit un doublé victorieux contre la Samp’, puis participe à la victoire contre le Hellas Vérone la semaine suivante, et boucle sa saison avec 11 buts et 8 passes décisives en Série A. Cette même saison, il remporte, comme aux Pays-Bas, la Coupe et la Supercoupe d’Italie.

Il fait donc logiquement partie du voyage à la Coupe du Monde 2014, marquant le but de la victoire contre l’Algérie avant que la Belgique ne tombe en quart de finale face à l’Argentine. Les deux saisons suivantes sont moins brillantes sur la plan statistique, alors qu’il doit partager le front de l’attaque avec Insigne, Callejon et surtout Gonzalo Higuain, recordman du nombre de buts inscrits en une saison de Série A avec 36 buts en 2015-2016. Mais Mertens se rattrape sur la scène européenne (5 buts en 5 matchs d’Europa League cette même saison) et affirme son rang dans l’effectif napolitain.

La chasse aux records

L’été suivant, Higuain part chez l’ennemi turinois et laisse un vide dans l’attaque azzurri. Mertens a 29 ans et est au sommet de sa maturité. Tantôt dans l’axe, tantôt sur un côté, il va prendre le relais d’El Pipita et martyriser les défenses italiennes, inscrivant son premier quadruplé contre le Torino en décembre 2016, avant de terminer deuxième meilleur buteur du championnat avec 28 buts, à une longueur de Dzeko. En championnat, en Coupe d’Europe ou avec les Diables Rouges, le droitier fait preuve d’une régularité impressionnante pour boucler une saison entière en étant décisif une fois par match en moyenne (53 matchs, 38 buts et 15 passes décisives).

Les saisons suivantes, l’attaquant belge ne lève pas le pied et continue de porter son club en haut de classement, malgré l’absence de trophées à l’arrivée. Sa régularité et sa longévité le font néanmoins entrer dans la légende du club. En ce début de saison, Mertens semble encore promis à une grande année. Alors qu’il avait déjà égalé le nombre de buts inscrits par Maradona en championnat en avril, il a profité du déplacement à Salzburg pour étaler tout son talent et, d’un doublé et d’une passe, offrir la victoire au Napoli tout en devenant le deuxième meilleur buteur de l’histoire du club. Il lui reste 6 buts à inscrire pour égaler son ancien coéquipier et capitaine, Marek Hamsik. Un objectif qu’il compte bien réaliser “avant Noël”. Preuve d’une grande ambition, alors qu’à 32 ans, son contrat se termine en juin. Le diable rouge n’a pas fini de hanter les défenses italiennes.

Xavier Regnier

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