Niko Kovac : Le récit d’un échec

Niko Kovac : Le récit d’un échec

Comme un symbole. Alors que c’était par l’intermédiaire de l’Eintracht Francfort que Niko Kovac s’était révélé en Bundesliga et avait convaincu les dirigeants du Bayern de faire de lui le successeur de Jupp Heynckes, c’est cette même équipe de Francfort qui aura finalement eu raison du technicien croate. La boucle est  définitivement bouclée.

Entre mauvaise gestion des joueurs et manque de remise en cause personelle

Du passage de Niko Kovac à la tête du Bayern Munich, on retiendra notamment certains conflits avec ses propres joueurs. Parmi eux, les deux principales “victimes” sont sûrement James Rodriguez et Renato Sanches, d’ailleurs tous deux partis. Le premier, qui s’était pourtant épanoui sous les ordres d’un Jupp Heynckes qui n’avait pas tari d’éloges à son égard, n’a clairement pas entretenu la même relation avec le successeur du mythique coach allemand. En effet, Kovac lui a souvent préféré Thomas Müller, pourtant loin de convaincre sur le terrain. Et ça, le milieu offensif colombien n’a pas apprécié, n’hésitant pas à remettre en cause à plusieurs reprises dans le vestiaire la légitimité de son entraîneur. Il fut d’ailleurs intéressant de constater qu’en seconde partie de saison dernière, Kovac décida de davantage titulariser son semeur de troubles…

Mais c’est surtout le cas Renato Sanches qui illustre la mauvaise gestion du technicien croate. Peu utilisé la saison dernière, le jeune milieu de terrain portugais avait tenu à mettre les choses au clair avec ses dirigeants : ou bien il obtenait plus de temps de jeu, ou bien il serait contraint de mettre les voiles. Niko Kovac lui aurait alors fait la promesse de le titulariser davantage, une promesse non tenue lors des premières rencontres de la saison, ce qui a convaincu Sanches de rejoindre le LOSC. Le manque d’honnêteté de l’ancien coach de Francfort, en plus d’avoir blessé le Portugais, a sans doute également fragilisé sa position à la tête du RekordMeister.

Parallèlement, c’est l’attitude du technicien croate, notamment lors des conférences de presse d’après match, qui a fortement déplu aux supporters. La fâcheuse tendance du coach âgé de 48 ans à accabler ses joueurs en cas de contre-performance, sans jamais remettre en question ses propres choix tactiques, a agacé, d’autant plus qu’elle est contraire à l’institution bavaroise, dont la devise “Mia San Mia”, à comprendre comme “Nous ne sommes rien sans nous”, prône l’unité et le sacrifice pour le collectif.

 

Pourtant, Niko Kovac disposait d’un appui de taille au niveau de la direction munichoise, en la personne d’Uli Hoeness. Le président du Bayern soutenait en effet son coach, à l’inverse d’un Karl-Heinz Rummenigge qui émettait quant à lui de sérieuses réserves au sujet du Croate. Autant dire qu’après le départ d’Uli Hoeness, prévu fin décembre, il se serait senti bien seul…

Les problèmes du Bayern dans le jeu : cause principale de son échec

C’était déjà une crainte au moment de la nomination de Niko Kovac, celle de l’avenir du Bayern dans le jeu. Car depuis le départ de Pep Guardiola, c’était devenu le problème majeur du RekordMeister, trop souvent prévisible offensivement notamment. Certains observateurs entretenaient alors l’espoir que le nouveau nommé modifie le style de jeu de l’équipe, renouant avec un jeu plus direct, qui avait fait la force du club lors du triplé historique de 2013. En vain.

Car la première saison de Niko Kovac a été des plus paradoxales : le Bayern a en effet connu deux excellentes séries, l’une en tout début de saison, l’autre en seconde moitié de saison. De même, le coach croate peut se vanter d’avoir remporté le doublé coupe-championnat, ce que ses deux prédécesseurs n’étaient pas parvenus à accomplir. Et pourtant, il s’est tout de même retrouvé à plusieurs reprises sur la sellette, pour deux principales raisons. La première est liée à l’élimination précoce du Bayern en Ligue des Champions, dès les huitièmes de finales face à Liverpool, une première pour les Bavarois depuis 2011. La seconde relève quant à elle du visage méconnaissable du club allemand dans le jeu, très visible justement face à Liverpool, où les hommes de Kovac s’étaient contentés de défendre au match aller, avant de signer une performance particulièrement faible à l’Allianz Arena. 

Sur le plan offensif, pour commencer, le Bayern de Kovac était beaucoup trop prévisible, la faute à une possession stérile, en U. La stratégie était pratiquement toujours la même : écarter un maximum vers les côtés afin de trouver les dribbleurs comme Kingsley Coman et Serge Gnabry, et attendre d’eux un miracle. Etonnant, quand on connaît pourtant les qualités de l’effectif bavarois au milieu de terrain notamment, avec la polyvalence d’un Goretzka ou d’un Tolisso, et la technique de James Rodriguez ou de Coutinho.

Ainsi, le Bayern s’en remettait la plupart du temps à un exploit individuel de l’un de ses attaquant, encore un constat contraire à l’identité du club. Depuis le début de la saison, c’est Robert Lewandowski qui endossait ce costume de sauveur providentiel, unique buteur encore face à l’Eintracht (défaite 5-1). 

La claque infligée à Tottenham en Ligue des Champions (7-2) n’était qu’un mirage. C’était surtout la fébrilité défensive des Spurs, totalement désunis, et le réalisme froid d’un Serge Gnabry en état de grâce qui expliquaient un tel score.

En phase défensive, le Bayern était inexplicablement fébrile sur pratiquement chaque situation, incapable de gérer ses temps forts comme temps faibles. Depuis un moment maintenant, chaque supporter munichois sentait qu’à tout moment, l’adversaire pouvait marquer. Ce problème s’explique certes en partie par le niveau décevant de certains joueurs comme Jérôme Boateng ou encore Niklas Süle, mais également par le manque de projet de jeu initié par Kovac. A la perte du ballon, difficile de comprendre les intentions du technicien croate : pas de gegenpressing particulièrement visible, uniquement un pressing peu coordonné et pas dans le bon tempo. Face aux difficultés du Bayern sans le ballon, la faute à des joueurs peu à l’aise quand il s’agit de défendre bas (Kimmich, Tolisso, Thiago…), on aurait pu imaginer voir un bloc plus haut, très agressif et pressant à la perte du ballon afin de justement éviter de se retrouver à devoir subir une phase de possession adverse. 

Finalement, c’est surtout à ce niveau-là que l’échec de Niko Kovac s’est concrètement manifesté. Alors que certains pensaient qu’il serait en mesure de modifier le style de jeu de l’équipe, en prônant davantage de contre-attaques par exemple, on en aura uniquement vu quelques séquences, jamais vraiment durables.

Qui pour lui succéder désormais ?

C’est la question que tout le monde se pose actuellement en Bavière. Alors que le mois de novembre vient à peine de commencer, peu d’entraîneurs sont libres. Parmi eux, on retrouve tout de même de gros calibres, comme José Mourinho et Massimiliano Allegri. Si le premier pourrait s’avérer une option intéressante, d’autant plus qu’il a déjà sous-entendu son intérêt pour le poste, le second paraît une option moins probable, lui qui ne parle pas un mot d’allemand.

Le Bayern pourrait ainsi tenter de sauver les meubles jusqu’à la fin de la saison en nommant un entraîneur intérimaire, et ainsi enrôler Erik Ten Hag, coach de l’Ajax, pour la saison prochaine. Ce choix semble pertinent au vu des difficultés bavaroises dans le jeu, sachant que le Néerlandais a déjà occupé les fonctions d’entraîneur de l’équipe B munichoise. 

Mais il faudrait donc trouver un coach qui accepterait de laisser sa place dès la fin de la saison, une denrée rare. L’option Ralf Rangnick, figure phare du modèle footballistique allemand, pourrait s’avérer pertinente, mais on imagine que la direction du Bayern devrait alors lui proposer par la suite un poste au sein du club, pour lui offrir certaines garanties.

Pour le moment, c’est Hans Flick, l’un des adjoints de Niko Kovac et ex-adjoint de Joachim Löw, qui assurera l’intérim alors qu’une rencontre cruciale face au Borussia Dortmund se profile.

De son côté, Jupp Heynckes a très probablement pris la sage décision d’éteindre son portable lorsqu’il a appris le départ de Niko Kovac, lui qui avait déjà endossé le costume de sauveur après le licenciement de Carlo Ancelotti.

Paul Stefani

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