Socrates : entre football, médecine et démocratie

Socrates : entre football, médecine et démocratie

Moins connu qu’un Pelé ou qu’un Ronaldinho, Socrates a pourtant été le leader de toute une génération au Brésil, les guidant même vers une finale de Copa America en 1983. Il est capitaine de la seleçao lors de la coupe du monde 82 et titulaire en 86. Mais malgré une génération dorée, il n’amassera pas plus que le bronze…

Dès son adolescence, Socrates joue au foot dans le club de Botafogo et se révèle être un grand espoir du foot brésilien. Malgré ses qualités remarquables, il ne fait pas l’unanimité. Issu d’une famille riche, Socrates est mal à l’aise, à l’écart de ses coéquipiers venant tous de la banlieue de Ribeiro Preto. C’est au forceps qu’il s’intégrera dans le groupe pour finalement en devenir un leader charismatique. Il chipera même le brassard à son frère aîné, Raï (ancienne star du PSG) l’année où celui-ci est parti pour le club de Ponte Preta.

La démocratie corinthiane

A son départ de Botafogo, en 78, après 4 ans chez les pros, Socrates est transféré au SC Corinthians, légendaire club de Sao Paulo ayant hébergé des stars brésiliennes comme Ronaldo, Garrincha ou encore Roberto Carlos. Mais le « docteur », comme surnommé par ses pairs, ne deviendra pas uniquement une légende du football à Sao Paulo. Considéré comme un homme de lettres très intelligent et en quête de liberté, Socrates a été l’initiateur d’une expérience unique appliquée au football, connue sous le nom de démocratie Corinthiane. « Nous voulions dépasser notre condition de simples joueurs travailleurs pour participer pleinement à la stratégie d’ensemble du club. Cela nous a amenés à revoir les rapports joueurs-dirigeants, les points d’intérêts collectifs étant soumis à la délibération», explique Socrates. Pour le comprendre, il faut revenir à l’origine du mouvement. Alors en deuxième division à l’époque, le club est repris en 1981 par un sociologue brésilien, Adilson Monteiro Alves. Celui-ci ne voit pas d’un bon œil que la gestion d’un club de football soit inspirée d’un régime politique autoritaire (dictature militaire 1964-1985). Ainsi, le milieu de terrain brésilien arborant déjà la double casquette de joueur sur le terrain et médecin en dehors va se voir attribuer un troisième rôle, celui de porte parole de la démocratie Corinthiane. Rien que ça… et comme si ça ne suffisait pas, le mouvement des Corinthians s’est étendu jusqu’à la politique, synonyme de la protestation au régime militaire, pour le plus grand plaisir de l’ex-président Dilma Rousseff. À noter que lors de la coupe du monde 1986, il porte un bandeau différent à chaque match avec quelques mots de protestations contre son régime.

A la conquête de l’Europe

Bien que Socrates a fait beaucoup pour son pays, il ne verra la fin de la dictature militaire que depuis son petit poste télé à Florence en Italie. En 1984 le « docteur » signe à la Fiorentina. Une arrivée en grand prince où il est considéré comme le futur de la viola. Socrates connaît cependant une adaptation difficile dans un championnat bercé par le “catenaccio”. Il se met à boire, beaucoup, et tombe dans l’oubli ou plutôt, demeure comme le souvenir d’une déception inavouée en Europe. 2 saisons, 29 matchs seulement et un maigre total de 8 buts et 1 passe décisive à son actif.

Meu país é amor

De retour au Brésil après le fiasco de Florence, l’ancien milieu longiligne de Botafogo signe à Flamengo où il reste deux ans, puis file vers Santos où il reste un an, pour un total d’une cinquantaine de matchs en 3 saisons. Ses dernières sorties avec Santos sont marquées par de très vives acclamations, synonymes du respect qu’on lui porte malgré sa carrière de footballeur en demie-teinte. On retiendra donc de cette légende une implication dévouée pour son pays, en plus d’une intelligence plus redoutable que ses dribbles insouciants et sa lourde frappe.

En août 2011, il est admis à l’hôpital de Sao Paulo, pour une hémorragie digestive. Après avoir annoncé publiquement son addiction à l’alcool, il sera de nouveau admis à l’hôpital quelques mois plus tard, en septembre. Il décédera finalement le 4 décembre 2011, un communiqué de presse ayant été publié la veille pour annoncer que l’ancien international Brésilien était dans un état critique, souffrant d’une infection intestinale.

A jamais une légende dans son pays, Socrates n’a donc rien à envier au Roi Pelé ni à Ronaldinho. Dans son style si particulier et sa façon d’être atypique, il a lui aussi, à sa manière, illuminé le Brésil de sa classe.  

Pour en savoir plus : Les Rebelles du foot, documentaire de Gilles Rof et Gilles Pérez.

Ou bien (pour les anglophones) :

Jules Arguel

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