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Argentine : « Mi-figue, mi-raisin »

Avant chaque rencontre de l’équipe de France en coupe de monde, La Feuille de Match passe en revue son prochain adversaire. Pour la première journée, la France rencontre l’Argentine, dans ce qui s’annonce comme le « clash » de la poule C, dite de la « mort ». 

La coupe du monde : haut-lieu d’exploits argentins

Présent à chacune des éditions de la coupe de monde depuis 1987, l’Argentine a marqué la planète rugby de son empreinte en 2007, lorsqu’elle a renversé par deux fois l’équipe de France de Bernard Laporte. 

Une première fois lors du match d’ouverture (12-17) et une seconde fois, pour remuer le couteau dans la plaie, lors du match de la troisième place (10-34). Pour « leur » coupe du monde, les Bleus avaient été victime de la fameuse « grinta » argentine. Plus récemment, les basketteurs français ont subi cette même pugnacité si caractéristique des Argentins. Les Bleus et les autres équipes de poule C sont prévenus.

Depuis l’ère professionnelle, l’Argentine n’a manqué qu’une seule fois les portes des phases finales de la compétition. C’était en 2003 lorsqu’ils avaient échoué d’un petit point face à l’Irlande (15-16) en phase de poule. En 1999 puis en 2011, les Argentins se font éliminer dès les quarts de finale.

C’est lors des éditions 2007 et 2015 que l’Argentine crève l’écran en terminant ces deux éditions de coupe du monde, respectivement à la troisième et quatrième place. A chaque fois, les « Pumas » pratiquaient un rugby alléchant, avec une ligne de trois-quarts joueuse combinée à une mêlée féroce et intrépide.

Les « Pumas » soufflent le chaud et le froid

Avant le « huitième de finale » de samedi, les Pumas restent sur une série de neuf défaites d’affilée. Le dernier succès remonte à un an jour pour jour, lorsque les Argentins avaient surpris les Australiens chez eux en Rugby Championship (19-23). Depuis, les « Pumas » enchaînent défaite sur défaite, dont une en tournée d’automne face à la France au stade Pierre Mauroy de Villeneuve d’Ascq (28-13).

Malgré quatre échecs en autant de rencontre en 2019, l’Argentine réussit tout de même à résister face à la Nouvelle-Zélande (16-20) et l’Australie (10-16) en Rugby Championship, avant de jouer des tours à l’Afrique du Sud (24-18) en match de préparation de la coupe du monde.

Enlisée dans une onzième place peu reluisante au classement World Rugby, derrière le Japon, les Fidji et la France (huitième), l’Argentine subit une post-coupe du monde 2015 catastrophique. Sous la houlette de l’ancien sélectionneur Daniel Hourcade, l’Argentine a enregistré seulement 8 succès en 37 rencontres entre 2016 et 2018. 

Exit Daniel Hourcade, désormais l’ancien talonneur et capitaine des Pumas, Mario Ledesma dirige la sélection. Ancien entraîneur de la franchise argentine des Jaguares, le bourreau des Bleus en 2007 développe un système de jeu plus simple, à l’image de sa carrière de joueur, entièrement tourné autour du combat et du défi physique.

Sur les 31 joueurs sélectionnés, 26 jouent avec les Jaguares, une équipe exclusivement composée de rugbymen argentins. Une sorte d’antichambre et laboratoire de la sélection sud-américaine pour évoluer au plus haut niveau. 

En vue de la coupe du monde, la direction argentine a décidé d’inclure des joueurs expatriés, comme avec les deux ouvreurs Nicolas Sanchez (Stade Français) et Benjamin Urdapilleta (Castres Olympique) ou le pilier Juan Figallo (Saracens). A l’issue de la coupe du monde, le troisième-ligne Pablo Matera rejoindra Nicolas Sanchez au Stade Français. En revanche Mario Ledesma a décidé de se passer de trois cadres évoluant en Top 14 : Juan Imhofff (Racing), Santiago Cordero (Bordeaux-Bègles) et Facundo Isa (Toulon).

Capitaine de la sélection depuis l’intronisation de Marion Ledesma à la tête des Puamas, Pablo Matera est un des seuls joueurs argentins qualifiés comme étant un joueur de grande classe internationale. Depuis 2013, il fait partie des valeurs sûres de l’équipe d’Argentine. Habile, mobile et téméraire, Pablo Matera peut être considéré comme le digne héritier de Juan Martin Fernandez Lobbe. A 26 ans, « El Capitan » a été élu meilleur joueur de la finale de Super Rugby avec les Jaguares.

Dans la liste des sélectionnés, Mario Ledesma a fait confiance à deux demis d’ouverture habitués aux joutes du Top 14 : Nicolas Sanchez et Benjamin Urdapilleta. Pour le premier, il portera la responsabilité de l’attaque argentine, du haut de ses 77 sélections. En cas de méforme, le Castrais Benjamin Urdapilleta pourra prendre la relève. Après seulement quarante minutes de jeu en deux matchs face à l’Afrique du Sud, le protégé de Christophe Urios fait figure de surprise dans la liste des sélectionnés.

Ce samedi, l’équipe de France va de nouveau croiser le fer de l’inoxydable Juan Manuel Leguizamon. En 2007, le troisième-ligne avait écœuré l’équipe par deux fois avec ces qualités de plaqueur/gratteur. A 36 ans et 85 sélections, il est de loin le joueur le plus expérimenté du groupe argentin. En coupe du monde, les Pumas tournent à 64 % de moyenne de victoire lorsque Juan Manuel Leguizamon se trouve sur le terrain. Adjoint de Bernard Laporte en 2007, Jacques Brunel est prévenu.

Au total, la sélection argentine cumule pas moins de 1120 sélections, soit l’équivalent de 36,1 sélections par joueurs, pour une moyenne d’âge de 26,7 ans. Un groupe, qui malgré les apparences, reste relativement jeune.

Que vaut l'Argentine ?

Traditionnellement reconnue comme une nation robuste en mêlée, l’Argentine ne possède plus une des meilleures mêlées sur la scène internationale depuis quatre ans. Souvent pénalisée, la mêlée argentine est devenue le talon d’Achille de l’équipe. Néanmoins, les Pumas peuvent s’en remettre à leur légendaire « flair », bien aidé par une ligne de trois-quarts joueuse et des troisièmes lignes mobiles.

Dès la première journée de la poule C, les Argentins devront affronter l’équipe de France. Une rencontre qui a tout d’un « huitième de finale » entre les deux équipes les plus imprévisibles de la planète rugby. Dans son guide pour la coupe du monde, le quotidien l’Equipe accorde une étoile à l’Argentine dans la quête du trophée William Webb Ellis, au même titre que la France, l’Ecosse et les Fidji. Placée dans le « groupe de la mort », l’Argentine semble favorite pour décrocher la deuxième place du groupe, qualificatif pour les quarts de finale, juste après l’archi-favorite équipe d’Angleterre.

A l’inverse de l’équipe de France, les Pumas bénéficient d’un groupe expérimenté. Avec 26 joueurs de la franchise des Jaguares, les argentins évoluent ensemble depuis un certain nombre de saisons. Néanmoins, les Sud-américains manquent de profondeur de banc à certains postes : deuxième ligne et demi de mêlée en tête. De plus, l’équipe possède peu de joueurs de grande classe internationale, à l’instar d’Agustin Creevy ou de Pablo Matera, si indispensables en coupe du monde.

Dépeint comme une équipe versatile, l’Argentine reste tout de même un candidat sérieux. Durant quatre ans, les Pumas ont soufflé le meilleur comme le pire, mais en période de coupe du monde ils peuvent se sublimer. La sélection argentine détient le statut de Petit Poucet parmi les nations de l’Hémisphère Sud. 

Pour tirer les avantages et les inconvénients de cette équipe argentine, deux éléments interpellent. La première sur l’homogénéité de l’effectif. La seconde, sur la méforme de la sélection argentine, qui se trouve un plein doute après une avalanche de défaites. Depuis la victoire face à l’Australie en septembre 2018, l’Argentine n’a plus dépassé la barre des 20 points inscrits en rencontre internationale. Toutefois, l’Argentine possède d’énormes qualités non encore exploitées.

En effet, l’Argentine détient plusieurs qualités intrinsèques : courage et pugnacité, rapidité et puissance, force et technique. Si les Argentins parviennent à développer leurs qualités, gare aux autres nations qui pourraient se faire surprendre, à commencer par la France. Dans un cas plus probable, la deuxième place de la poule C semble abordable avec une potentielle élimination en quart de finale, contre l’Australie ou le Pays de Galles.

Le calendrier

  • Argentine/France : samedi 21 septembre à 9h15 à Tokyo
  • Argentine/Tonga : samedi 28 septembre à 6h45 à Higashiosaka
  • Argentine/Angleterre : samedi 5 octobre à 10h à Tokyo
  • Argentine/Etats-Unis : mercredi 9 octobre à 6h45 à Kumagaya

Le saviez-vous :

En 1965, une bévue d’un journaliste Sud-africain a donné le nom de la sélection argentine de rugby, surnommée les Pumas. Vous noterez que sur le blason de l’équipe se trouve un jaguar, et non un puma.

Greg Scott-Dyson

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