Hugo Martin

DAZN, le « Netflix du sport »

Imaginez un monde plus simple. Exit Canal+, BeIn Sports, RMC et toutes les offres qu’il faut empiler pour suivre le foot européen, place à DAZN. Pour dix euros par mois, à vous les compétitions européennes, les championnats nationaux, les rencontres internationales et même la NBA. Vous en rêviez ? Simon Denyer l’a fait. Du moins pour ceux qui n’habitent pas en France. Pendant que l’Espagne et l’Italie font leurs premiers pas dans le visionnage de match en streaming légal, le supporter français se bat avec ses abonnements parfois très coûteux. Et même si des petits malins parviennent à contourner les règles, la majorité attend impatiemment que le service de streaming ne les délivre du joug des chaînes câblées. 

La belle histoire débute en août 2016. Le Japon, la Suisse et l’Allemagne sont les premiers à découvrir DAZN (prononcez « Da Zone »). Pour 9,99 euros par mois, les abonnés peuvent visionner à peu près tout ce qu’il est possible de regarder en terme de sport. Plus tard, ce seront les Etats-Unis et le Brésil qui attraperont le virus du streaming sportif. Pas forcément mordu de soccer, les habitants du pays de l’Oncle Sam profitent néanmoins du football américain et du baseball. Et c’est là que le service trouve sa force. Si l’on parle beaucoup d’ubérisation de la société, le modèle Netflix se développe aussi très rapidement. Avec une multitude de contenus à proposer, allant de la pêche jusqu’au cricket, le nombre de clients potentiels est immense. De quoi assurer un avenir prometteur à la plateforme

La myriade de compétitions sportives proposées par DAZN (crédits photo : Quadro)

L’autre force de DAZN, c’est sa faculté à combattre les anciens modèles de diffusion. Outre-Atlantique, c’est le modèle du pay-per-view qui s’apprête à être balayé. Très utilisé pour les grands rendez-vous sportifs, à l’instar des matchs de boxe ou des shows annuels de catch, les prix dépassent la raison. Le très mal nommé « combat du siècle » opposant Floyd Mayweather et Conor McGregor, n’était accessible que contre la somme de cent dollars. Cent dollars pour regarder un match de boxe à la télévision… Pourtant, en 2017, le « MoneyFight » a rapporté près de 700 millions de dollars à ses organisateurs. Comme quoi, quand on a pas le choix… DAZN négocie assez facilement des accords régionaux et ciblent ainsi rapidement une clientèle précise. A son lancement en Italie, les statistiques montrent que le nombre d’inscriptions explose trente minutes avant le début du coup d’envoi. De même, juste avant le derby de la Madonnina, près de 30 000 personnes avaient adhéré au service. 

Et même si la plateforme est relativement jeune, elle est arrivée sur le marché avec de solides arguments. DAZN appartient à Acces Industries, qui détient notamment Warner Music et Deezer. Géant de l’industrie de l’aluminium, ce groupe fondé par l’américano-britannique d’origine ukrainienne Leonard Blavatnik en 1986 et possède des branches dans diverses domaines tels que l’immobilier, la technologie ou encore les télécommunications. En 2013, il rachète Perform, qui détient notamment le groupe OptaSports. Dès lors, Blavatnik a un pied dans le monde du sport et a accès à des millions de statistiques, basées majoritairement sur les paris sportifs. Trois ans plus tard, quand il confie les rênes de son nouveau bébé à Simon Denyer, ce dernier choisit d’appliquer cette même politique des chiffres. Pour aller chercher sa clientèle, il faut savoir la cibler. Grâce à des algorithmes complexes, la plateforme DAZN met en avant un contenu précis à un moment précis pour toucher le client et augmenter ses chances d’avoir un nouvel abonné. 

En France, DAZN n'est pas à l'ordre du jour

Avant toute chose, il faut rappeler que DAZN s’est lancé dans des pays où le marché était relativement ouvert. En France, c’est l’exact opposé. Trois géants se partagent la diffusion du football. Canal+ et Beinsports ont le championnat français, le premier diffuse les deux ou trois « meilleurs » affiches et le second se contente du reste. Néanmoins, chacun a sa spécificité. Canal+ propose également du rugby et de la course automobile quand Beinsports met à disposition de ses abonnés la plupart des championnats européens excepté la Premier League. De son côté, RMC diffuse la Ligue des Champions et la Ligue Europa ainsi que le championnat anglais donc. Et parce que ça ne pouvait pas être assez compliqué comme ça, un quatrième larron est récemment venu se mêler à la danse.

Récapitulatif des diffuseurs pour la saison 2018/2019 (crédits photo : Le Figaro)

Son nom ? Mediapro. Inconnu en France, il cartonne pourtant en Espagne où il diffuse la Liga et la Coupe du Roi, et même la Ligue des Champions jusqu’en 2018. Il détient également 50% de la filiale espagnole de Beinsports, de quoi garantir sa suprématie au pays de Cervantes. En France, Mediapro diffusera la Ligue 1 et la Ligue 2 sur la période 2020/2024. A la manière de Canal+, le service proposera la majorité des affiches de Ligue 1 dont bien évidemment les plus alléchantes. Loin de s’arrêter en si bon chemin, le groupe aura tenté de rafler les droits de la Ligue des Champions en vain

Et DAZN dans l’histoire ? L’affaire s’annonce compliquée, et aussi très longue. Si depuis vendredi dernier, il est impossible pour la plateforme d’assurer la diffusion des compétitions européennes en France, la Ligue 1 reste encore jouable. En effet, Mediapro a moins d’un an pour trouver une chaîne, des locaux et une équipe de journalistes. Et rien n’interdit au groupe de revendre des parcelles de diffusion. En définitive, rien n’est acquis et la diffusion du football en France devrait rester morcelée encore quelques années. Au plus grand damne des amateurs de ballon rond et de leur porte-monnaie. DAZN poursuit néanmoins sa progression à l’étranger et attend sûrement une bonne opportunité pour s’implanter durablement dans le paysage audiovisuel français.

Hugo Martin

DAZN, le « Netflix du sport »

Sadio Mané, d’enfant fugueur à star du ballon rond

Au sommet du football mondial avec Liverpool, Sadio Mané est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs attaquants de la planète. Mais enchaîner les buts et faire partie des favoris pour le Ballon d’Or était loin d’être une évidence pour celui qui a dû braver les interdits pour pratiquer sa passion. Retour sur son incroyable parcours.

Sadio Mané a vu le jour le 10 avril 1992 à Bambali, un petit village proche de la ville de Sédhiou, dans le sud du Sénégal. Fils d’imam, le jeune Sadio adore le foot plus que tout. Il passe son temps à l’extérieur, un ballon dans les pieds, et rêve comme beaucoup d’enfants à travers le monde de devenir un jour footballeur professionnel. Malheureusement pour lui, sa famille très religieuse n’est pas d’accord, préférant que le petit Sadio fasse des études comme il le racontera plus tard : « Je suis né dans un village où il n’y a jamais eu de footballeurs ayant participé aux grands championnats. Je me souviens que quand j’étais petit, mes parents pensaient que je devais étudier pour devenir professeur. Ils pensaient que le football était une perte de temps et que je n’y arriverai jamais. ». Bloqué par ses proches, l’attaquant des Reds va tout faire pour réaliser ses rêves. A 15 ans, il décide donc de fuguer, de tout quitter, pour aller à Dakar dans l’espoir de se faire repérer. Il sera finalement retrouvé par ses parents qui le feront revenir au village. Ces derniers prendront conscience que le football est bien plus qu’une passion pour leur fils et décideront de l’accompagner dans son projet. Le joueur avouera que « cette fugue a changé toute [sa] vie ». 

La suite s’écrira à M’bour, ville réputée pour son football au Sénégal. C’est là-bas que Mané va se présenter pour une détection, en 2009, et que son talent sera pour la première fois repéré malgré un équipement plus que rudimentaire : « Il y avait deux-trois cents jeunes qui attendaient en file pour tenter leur chance. Ça partait mal pour moi car quand je me suis présenté, on m’a un peu ri au nez. J’avais une culotte qui ne ressemblait en rien à un short de foot et mes chaussures étaient toutes déchirées sur le côté, réparées comme j’avais pu avec du fil. Ceux qui faisaient passer les tests me regardaient bizarrement. Comme je n’étais pas trop mal, j’ai été pris. C’était le début de mon aventure ». C’est durant un championnat de foot de quartier qu’il se fait repérer et il est rapidement aiguillé vers Génération Foot, l’un des nombreux clubs de Dakar. Là-bas, il passe des tests qui s’avèrent concluants : « Quand j’ai vu son toucher de balle, je me suis dit que c’était un bon joueur. Après deux jours de tests, j’ai dit : « celui-là, on le prend direct. » » raconte Abdou Diatta, recruteur pour Génération Foot. Ses qualités de percussion, de vitesse et de dribble finissent de convaincre tout le monde au club dakarois. Sur le côté de l’attaque comme aujourd’hui à Liverpool, il fait les beaux jours de Génération Foot et participe à la montée en deuxième division sénégalaise à l’issue de la saison 2010/2011. 

Le triplé le plus rapide de l'histoire de la Premier League

Mais il ne restera pas très longtemps dans le championnat national puisqu’à l’été 2011 il part en direction du FC Metz grâce à un partenariat entre les deux clubs. Il fait ses débuts professionnels le 14 janvier 2012 à la 75ème minute face à Bastia. Mais pour Mané, le début de l’aventure en Europe n’est pas tout rose chez les grenats. Il jouera 21 matchs sous le maillot messin et trouvera le chemin des filets qu’une seule fois. Il aurait alors caché à ses dirigeants une pubalgie qui le faisait souffrir pour continuer de jouer. Malgré ces débuts difficiles, il est suivi de près par le RB Salzbourg. Il va d’ailleurs faire ses valises pour le club autrichien en échange de 4 millions d’euros versés au FC Metz à l’été 2012. Cette saison est décidément charnière dans la carrière du natif de Bambali puisqu’il va aussi connaître ses premiers pas avec les Lions de la Teranga. Il débute face au Maroc alors entraîné par Éric Gerets et offre la passe décisive à Moussa Konaté pour le but de la victoire. A la rentrée, le jeune Sadio découvre alors l’Autriche à l’âge de 20 ans et c’est au RB Salzbourg qu’il va prendre son envol. Pour sa première saison, il plante 19 buts en 29 matchs toutes compétitions confondues. L’année suivante, il fait encore un carton et remporte cette fois le championnat et la Coupe d’Autriche inscrivant au passage 23 buts en 50 matchs toutes compétitions confondues. Ses performances font du bruit en Europe et notamment en Angleterre où Southampton lui fait les yeux doux. Il y est transféré à l’été 2014 contre un chèque d’environ 23 millions d’euros.  

Pour sa première saison avec les Saints, Mané inscrit 10 buts en 30 matchs de championnat dont un coup du chapeau face à Aston Villa lors de la 37ème journée. Il s’agit du hat-trick le plus rapide de l’histoire de la Premier League. Il aura suffi de seulement 2 minutes et 56 secondes à l’attaquant pour inscrire un triplé. La saison suivante, l’international sénégalais fait un peu mieux avec 11 buts en championnat et 15 réalisations toutes compétitions confondues, faisant de lui le meilleur marqueur de l’équipe sur la saison. Son talent attire l’intérêt des grosses écuries anglaises et c’est le Liverpool FC qui rafle la mise en échange de 41 millions d’euros. Il est alors le joueur africain le plus cher de l’histoire (aujourd’hui 6ème derrière Nicolas Pépé, Mahrez, Aubameyang, Naby Keita et Salah). Ses débuts avec les Reds sont plutôt bons. Il marque pour son premier match officiel sous ses nouvelles couleurs à Arsenal pour le compte de la 1ère journée. Il termine là aussi meilleur buteur de la saison avec son nouveau club avec 13 buts en 27 matchs. Sa deuxième saison du côté d’Anfield est moins fructueuse en Premier League avec 10 buts mais Mané en plantera aussi 10 en Ligue des Champions. Liverpool réalise un très beau parcours européen allant jusqu’en finale. Mais les Reds perdront face au grand Real Madrid qui fera la passe de 3. Un parcours où Mané s’est montré décisif, inscrivant notamment 1 but à l’aller comme au retour des demi-finales face à la Roma ainsi qu’en finale lors de la défaite 3 buts à 1 contre les Merengue. Durant l’été, le joueur de Liverpool se rend en Russie pour la Coupe du Monde avec les Lions de la Teranga dans une poule très équilibrée où sont présents la Colombie et le Japon. Le Sénégal échoue à se qualifier pour les huitièmes. Il termine à égalité de points avec la sélection nippone, même différence de buts, même nombre de buts marqués et encaissés. L’affrontement entre les deux équipes ayant donné un match nul, c’est le nombre de cartons jaunes qui vient les départager et les Sénégalais passent finalement à la trappe. 

Parmi les favoris pour le Ballon d'Or

La saison suivante est celle de la consécration pour Liverpool comme pour Sadio qui affole les compteurs. Il termine meilleur buteur en Premier League avec 22 réalisations à égalité avec son coéquipier Mohamed Salah et Pierre-Emerick Aubameyang. Collectivement, aussi, c’est une franche réussite. Les Reds soulèvent la Coupe aux Grandes Oreilles et terminent à la deuxième place en Premier League avec un total de points historique pour un dauphin. Un franc succès qui se poursuit depuis le début de saison et globalement Liverpool, comme Sadio Mané, sont inarrêtables sur l’année 2019. Ce dernier a d’ailleurs réalisé un joli parcours lors de la CAN 2019 allant jusqu’en finale avec le Sénégal mais devant s’incliner face à l’Algérie. Sur le plan statistique, comme sur le plan collectif, Mané réalise donc une année tout simplement exceptionnelle qui lui permet naturellement d’être sélectionné parmi les 30 finalistes du Ballon d’Or et de faire partie des favoris pour le titre. Une nomination à laquelle le joueur a rapidement réagi : « Honnêtement, ça a toujours été un rêve de gamin […] Ce serait exceptionnel pour moi de gagner ce Ballon d’Or. Ça a toujours été mon rêve et je serai fier de le réaliser. Je serais l’homme le plus heureux. ». Et si son rêve se réalise, il serait le premier joueur africain à remporter le Ballon d’Or depuis un certain George Weah en 1995. Autre moment gratifiant pour Mané lors de la remise du prix FIFA « The Best » remporté par Lionel Messi. L’international sénégalais n’était pas sélectionné parmi les trois finalistes, une anomalie pour certains. Mais ce qui a surtout touché le joueur des Reds c’est que la Pulga avait voté pour lui : « C’est un grand compliment quand Messi vote pour toi. Si vous regardez d’où je viens, ça montre que j’ai fait beaucoup de chemin. ». 

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Un parcours difficile, comme il le rappelle, qui lui a appris à rester humble mais surtout à être généreux avec les siens et ceux qui l’ont aidé à arriver à ce niveau-là. Rester simple, c’est son mode de vie : « Pourquoi voudrais-je 10 Ferrari, 20 montres et 2 avions ? J’ai eu faim, j’ai dû travailler sur le terrain, j’ai survécu aux guerres, joué au football pieds nus mais aujourd’hui avec ce que je gagne grâce au football, je peux aider mon peuple. En outre, je donne 70 euros par mois à toutes les personnes d’une région très pauvre du Sénégal ». Des mots forts suivis par des actes. Près de 280 000 euros de dons pour construire un lycée dans son village de Bambali qu’il est allé visiter à l’été 2019. Mané a également donné des fonds pour la construction d’un hôpital, aidé à l’achèvement d’une mosquée et d’un stade de foot mais aussi, 300 habitants de Bambali se sont vus offrir un maillot de Liverpool. A 27 ans, Mané n’a donc pas fini de faire le bonheur de ses proches. Que de chemin parcouru pour l’enfant de Bambali, contraint de fuguer pour réaliser ses rêves. 

Hugo Martin

Sadio Mané, d’enfant fugueur à star du ballon rond

Pourquoi la Ligue 1 est-elle malade ?

De la même manière que le niveau d’un joueur français en Premier League, le débat autour du niveau de la Ligue 1 revient inlassablement. De déconvenues en Coupe d’Europe en passant par des matchs vivement critiqués pour leur manque de spectacle, le championnat français souffre de la comparaison avec ses voisins européens. Des leitmotivs souvent invoqués et largement débattus mais dont les racines ne sont clairement pas explicites. 

Depuis le début du second millénaire, la Ligue 1 est perçue comme la cinquième roue d’un carrosse européen bien identifié : Bundesliga, Liga, Premier League et Serie A. Si l’ordre des quatre premiers est sujet à débats, la Ligue 1 occupe la cinquième place puisqu’elle oscille entre la quatrième et la sixième place au classement UEFA. Décriée à l’étranger comme dans l’Hexagone, la « Ligue des Talents » cristallise encore plus les critiques notamment depuis l’avènement de l’hégémonie du Paris Saint-Germain. Qu’en-est-il des critiques et pourquoi la Ligue 1 n’arrive-t-elle pas à se faire sa place parmi les grands championnats du Vieux Continent ? Eléments de réponse. 

L'effroyable bilan des clubs français en Coupe d'Europe

Aucun club français n’a réussi à remporter un seul match en Ligue Europa cette saison. Une bien triste statistique qui ne fait malheureusement même pas tâche dans les performances sur la scène européenne des clubs de Ligue 1 ces dernières années. Il n’en fallait pas plus pour que le débat soit relancé. Depuis la saison 2007-2008, la Ligue 1 n’a accouché que d’un seul finaliste (Monaco en 2004) et de seulement quatre demi-finalistes en Coupe d’Europe. Ces résultats placent la France au septième rang des performances européennes selon les pays disputant les compétitions UEFA derrière le Portugal ou l’Ukraine ! 

Si les épopées de Monaco et de Marseille ainsi que le rayonnement du PSG sur le marché des transferts tentent de sauver la face, difficile de bomber le torse à l’heure où les clubs espagnols font une razzia sur l’Europe. Entre le retour de la Premier League au sommet avec quatre de ses représentants en finale des compétitions européennes la saison passée et les coups d’éclats réguliers des top clubs de Série A et Bundesliga, la Ligue 1 peine à se faire une place dans l’imaginaire collectif. Pis encore, des écuries supposées plus faibles car économiquement moins puissantes parviennent à s’attirer le feu des projecteurs grâce à des parcours remarquables à l’image de la surprenante équipe de l’Ajax d’Amsterdam la saison dernière. 

Sur le plan national, certaines contre-performances historiques attisent la tendance à l’auto-flagellation du football français sur la scène européenne. On pense notamment à l’élimination de l’OL par l’APOEL Nicosie en 2012, les remontadas subies par le PSG ou encore le zéro pointé de l’OM dans son groupe en 2013. Les flops sont nombreux et les exploits trop rares. Un constat sans appel qui nous invite à nous questionner sur ses tenants et aboutissants. Pourquoi les clubs français ne sont-ils pas capables d’émerger sur le plan européen comparativement à d’autres clubs désormais bien établis comme le Borussia Dortmund, l’Atlético Madrid ou bien encore Naples.

Evidemment, comparer ces trois clubs aux « gros » de la Ligue 1 peut faire tiquer tant l’écart est abyssal actuellement. Cependant, il faut bien se rappeler que cela n’a pas toujours été le cas. A l’heure où l’Olympique lyonnais dominait le championnat et brillait en Europe, où l’Olympique de Marseille et l’AS Monaco disputaient respectivement la finale de la Coupe de l’UEFA et de la Ligue des Champions (2004), le Borussia Dortmund était sauvé in-extremis de la faillite un an auparavant, le tribunal de Naples proclamait le 3 août 2004 la mise en faillite du club et l’Atlético Madrid était un club du milieu de tableau outre-Pyrénées. Afin de comprendre le pourquoi d’un tel retournement de situation, il est nécessaire de se pencher sur les politiques sportives des clubs de l’Hexagone.

Des politiques sportives schizophrènes

L’entre-soi dans les plus hautes sphères de décision du football français a empêché ce dernier d’emboîter le pas de ses voisins européens. Un système de formation de techniciens trop stéréotypé et en manque d’idée a bridé les conceptions philosophiques du football en France quand les académies allemandes ou espagnoles ne cessent de réinventer le jeu et d’innover. La frilosité des dirigeants et l’absence de goût pour le risque perdurent dans le championnat français. Longtemps, le corporatisme a influé sur la nomination de techniciens à la tête des clubs de Ligue 1. Les mêmes noms reviennent sans arrêt et symbolisent la mentalité du moindre risque des décideurs du football français ainsi que des dirigeants des clubs. En point d’orgue, la transformation de la 18ème place de Ligue 1, auparavant synonyme de relégation directe, en une place qualificative pour des barrages afin de sauver sa peau. Sans surprise, aucun 18ème de Ligue 1 ne s’est retrouvé dans la division inférieure la saison d’après.

Un manque d’ambition qui se retrouve d’ailleurs dans les cellules de recrutement et qui est symptomatique de la schizophrénie de la politique sportive des clubs de Ligue 1. On se repose sur les acquis et se tourne vers des valeurs sûres du championnat ou des révélations des divisions inférieures. Le recrutement est fait de telle sorte à maintenir un certain niveau de performance et non pas l’améliorer. Pourtant, les discours ambitieux ne manquent pas. Dans ce cadre, l’OL fait office de figure de proue. Le club dispose d’un modèle économique serein et en constante croissance qui n’est pas à l’image de son secteur sportif contrairement aux mots de son président. Que penser lorsque la majeure partie du budget des transferts est consacrée au recrutement de joueurs présentés comme prometteurs et non sur des joueurs confirmés susceptibles de faire passer un cap au club sur la scène européenne ? Ainsi,  Joachim Andersen, Jeff-Reine Adelaïde et Youssouf Koné ont donc succédé à Martin Terrier, Bertrand Traoré et Léo Dubois. Et pourtant, la donne semblait différente cet été avec l’arrivée de Juninho et Sylvinho. Mais un mauvais début de saison aura suffi à enterrer le projet et la direction lyonnaise fera confiance à un entraîneur qui connaît la Ligue 1, Rudi Garcia évidemment.

Concrètement, le modèle économique des clubs de Ligue 1 est très clair et se base sur la revente de joueurs formés au club ou achetés à bas prix afin de les faire progresser et d’en espérer une plus-value à la revente. Ainsi, l’OM a fait de son centre de formation une priorité et les mercatos lillois et lyonnais en sont les témoins. Par conséquent, les clubs stagnent voire régressent. La « Ligue des talents » n’a jamais été aussi serrée puisque tous les clubs appliquent la même recette, hormis le PSG. Dans ces conditions, cela s’avère impossible de mener à bien des projets sur le moyen voire le long terme puisque les fruits d’une saison sont immédiatement proposés sur le marché des transferts et les projets tués dans l’oeuf s’ils n’atteignent pas rapidement les objectifs. 

Néanmoins, le tableau n’est pas tout noir et l’espoir persiste. Des entraîneurs au profil nouveau se montrent à l’image de Luka Elsner à Amiens ou André Villas-Boas à Marseille. Auparavant, la Ligue 1 a pu accueillir des tacticiens comme Marcelo Bielsa, Sergio Conceicão, Claudio Ranieri ou encore le moins heureux Oscar Garcia. Des entraîneurs dont le profil et le jeu proposé contrastent avec le ronronnement habituel du championnat. Les expériences Bielsa et Conceicão ont par ailleurs ouvert la voie à l’arrivée d’entraîneurs étrangers. Si la Ligue 1 stagne assurément, il ne faut pas pour autant l’enterrer. Les talents sont toujours là et s’exportent bien. Cependant, tant que des solutions pérennes à ces maux n’auront pas été trouvées, ce débat reviendra sur la table chaque année.

Hugo Martin

Pourquoi la Ligue 1 est-elle malade ?

Le « Big Six », une espèce en voie de disparition ?

Au début des années 2000, Arsenal, Chelsea, Liverpool et Manchester United se partageaient les commandes de la Premier League, formant un clan fermé qui s’accaparait les places qualificatives pour la Ligue des Champions. Ce groupe n’avait d’autre nom que le « Big Four ». Mais avec l’émergence de Manchester City et de Tottenham à l’aube des années 2010, l’expression s’est étirée.

Aujourd’hui, le « Big Six » se voit dangereusement chahuté. Certes, les six principales écuries du championnat se sont partagées les premières places du classement lors de la saison 2018/2019 mais l’expression semble aujourd’hui perdre de sa pertinence. En 2016 déjà, Leicester avait fait figure d’exception mais également de premier symptôme. Trois ans plus tard, la saison 2019/2020 semble bien être celle qui enterrera pour de bon l’expression de « Big Six ». Signe-t-elle pour autant le retour du « Big Four », voire du « Big Two », ou au contraire s’étire-t-elle pour devenir un explosif « Big Eight » ? Focus sur ce qui chamboule la hiérarchie actuelle !

Du Quatuor au Sextuor

Depuis la création de la Premier League en 1992, six équipes seulement ont eu le privilège de soulever le trophée en… vingt-sept éditions. Si l’on met de côté les surprises Blackburn Rovers (1993/1994) et Leicester City (2015/2016), on se retrouve avec vingt-cinq éditions partagées entre quatre formations.

De 2004 à 2010, on ne verra que des équipes du Big Four sur le podium. Chelsea remporte ses premiers championnats, le monde découvre à Manchester United un jeune joueur du nom de Cristiano Ronaldo. Au classement des buteurs, l’hégémonie du Big Four se fait toujours ressentir : Thierry Henry (Arsenal), Didier Drogba et Nicolas Anelka (Chelsea) se partagent la première place.

Mais au début de la décennie 2010, deux nouveaux clubs entrent dans l’arène. Manchester City et Sergio Aguero arrachent miraculeusement la victoire au championnat lors de la saison 2011/2012. Les Citizens deviennent alors la première équipe non-issue du Big Four à remporter la Premier League depuis Blackburn. Au milieu de la décennie, c’est au tour de Tottenham de s’affirmer. Troisième lors de la saison 2015/2016 derrière Leicester City, le club va goûter au podium les deux saisons suivantes avant de finir quatrième lors de l’année 2018/2019. 

Depuis la saison 2016/2017, les six équipes exercent une totale suprématie sur le championnat. Un fossé conséquent se forme entre la sixième et la septième place (neuf points d’écart lors des saisons 2017/2018 et 2018/2019). De même, la différence de niveau est claire entre les équipes du Big Six en compétition européenne et le septième qualifié. Peuvent en témoigner les campagnes catastrophiques d’Everton et de Burnley en Europa League ces deux dernières années.

Mais à la fin de la saison 2018/2019, plusieurs questions se posent. Manchester United ne parvient pas à trouver la solution miracle. Le club se fait terrasser par Everton 4-0 à Goodison Park. Les Toffees, en outre, alignent d’excellentes prestations face aux équipes du « Six ». Ils obtiennent en effet onze points sur dix-huit possibles en deuxième partie de saison. Mais ils ne sont pas les seuls à faire trembler la Premier League à l’aube de la saison 2019/2020. La jeune équipe de Wolverhampton inquiète les grandes écuries. Elle arrache la septième place dès son retour dans l’élite lors de cette saison 2018/2019.

C’est à partir de la saison 1997/1998, année du premier sacre des Gunners d’Arsène Wenger, que l’expression de « Big Four » gagne vraiment en crédibilité. Pendant quatre années d’affilée, Arsenal et Manchester United vont s’échanger à tour de rôle le trophée. Un cran derrière, Chelsea et Liverpool titillent quelque peu les deux monstres.

Une suprématie financière remise en question

Le Big Six doit également beaucoup de sa réussite au fossé financier créé par des puissances économiques comme Manchester United ou Chelsea qui collectionnent les sponsors et s’accaparent les droits TV. Si les chiffres sont chaque année plus mirobolants, on assiste à l’émergence d’autres puissances économiques. 

Certes, le Big Six, c’est un tiers des paiements dûs aux revenus commerciaux et droits TV. Mais avec l’enrichissement d’autres clubs du championnat, le marché des transferts s’homogénéise de plus en plus. Ces dernières années, les arrivées de Vichai Srivaddhanaprabha à Leicester, Bill Kenwright à Everton, Mike Ashley à Newcastle ont permis à ces clubs de regarder dans le blanc des yeux les grands clubs. Ces riches propriétaires ont eu et continuent d’avoir des résultats probants, de la finale en FA Cup d’Everton en 2009 au sacre de Leicester en 2016.

Cette année, les sommes d’argents dépensées sur le marché des transferts par Aston Villa ou West Ham United notamment vont dans ce sens. Si un club qui a un bagage financier déjà solide parvient à arracher une huitième ou neuvième place synonyme d’entrées d’argents plus importantes dues aux droits TV (dans les alentours de 120 millions de livres comme Burnley, septième lors de la saison 2017/2018), il peut devenir dans deux ou trois ans un favori au Top 6.

Everton ou Leicester City sont déjà arrivés à ce niveau-là. Le club de la Mersey a impressionné cet été avec un mercato ambitieux. Des joueurs comme Moise Kean, Alex Iwobi, Jean-Philippe Gbamin et Fabian Delph sont venus renforcer les rangs du club. Sur le papier, les Foxes et les Toffees sont en mesure d’élargir le Big Six en « Big Eight ».

Peur sur la ville

Aujourd’hui, après douze journées de championnat, le Big Six n’a jamais été aussi désolidarisé. Liverpool assomme actuellement la concurrence avec huit points d’avance sur son dauphin Leicester. Les champions en titre, Manchester City, pointent à la quatrième place tandis que le promu Sheffield United occupe une honorable cinquième place devant Arsenal et Manchester United. Tottenham se retrouve à une médiocre quatorzième place à six points du premier relégable. Certes, il est peu intéressant de tirer des conclusions alors qu’il reste les deux tiers des matchs à jouer. Pour autant, on remarque des réels problèmes qui ne se résoudront pas de si tôt.

À Manchester United il y a bientôt un an, Ole Gunnar Solskjaer était vu comme le messie. En décembre dernier, on se posait quand même quelques interrogations. Le technicien norvégien semblait mettre tout le monde d’accord sans avoir encore de match référence. Si les premiers mois ont permis au club de recoller au wagon de Chelsea et Arsenal, la victoire contre le Paris SG au Parc des Princes sonnait prématurément comme un chant du cygne. Le club conclut sa saison 2018/2019 sur une maigre sixième place.

Lors de la première journée, la victoire 4-0 contre Chelsea avait quelque peu surpris les observateurs. Et pour cause, la saison 2019/2020 s’est en réalité entamée sur une note catastrophique. Résumons : des défaites contre Crystal Palace, West Ham et Newcastle, une victoire en League Cup arrachée aux tirs au but contre Rochdale (D3 anglaise). Paul Pogba et Eric Bailly sont blessés et les choix stratégiques de Solskjaer sont souvent obscurs.

Le problème principal réside en réalité sur un banc très limité et une utilisation abusive des jeunes. Si Daniel James (22 ans), Angel Gomes (18 ans) et Mason Greenwood (tout juste 18 ans) font forte impression, Axel Tuanzebe (21 ans) et Tahith Chong (19 ans) peinent à s’imposer. Certes, à n’en pas douter, ces jeunes possèdent un vrai potentiel. Mais un manque cruel d’expérience se fait ressentir, lors des changements notamment. Le banc est pour ainsi dire plutôt limité avec Fred, Marcos Rojo ou Jesse Lingard pour le compléter. Avec un effectif de même carrure qu’un Leicester City ou Wolverhampton actuellement, Manchester United ne peut plus être considéré comme un membre à part entière du Big Six. Le club reste l’un des plus riches du championnat. Cependant, le manque d’envie de jouer de certains joueurs achetés très cher a souvent été pointé du doigt l’an dernier.

Du côté du nord de Londres, la gueule de bois est forte à Tottenham. Le triplé de Lucas à Amsterdam semble être à des années lumières… Finalistes de la Ligue des Champions il y a quatre mois, les Spurs sont aujourd’hui démunis et frappés par les mésaventures. Les deux premiers mois, ils se voient défaits par Newcastle et Leicester, éliminés de League Cup par Colchester (D4 anglaise) et tenus en échec par l’Olympiakos. Mais les hommes de Pochettino ne sont alors pas au bout de leurs déconvenues. Le mois d’octobre s’ouvre de la plus mauvaise des manières avec cette cuisante défaite 2-7 par le Bayern Munich et un 3-0 infligé par Brighton, match dans lequel les Spurs voient leur capitaine et gardien Hugo Lloris sortir sur civière. 

Les Spurs n’y arrivent plus. Les choix hasardeux de l’entraîneur argentin (Moussa Sissoko placé en latéral droit) ne portent absolument pas leurs fruits. Ajoutez à cela Dele Alli et Heung-Min Son dans une mauvaise passe, Tanguy N’Dombélé encore un peu hésitant, Giovani Lo Celso blessé et enfin Hugo Lloris indisponible jusqu’en 2020 après son effroyable blessure au coude. Tottenham est dans une période très difficile et Pochettino se retrouve en toute logique sur la sellette. 

A chaque jour suffit sa peine

A en croire les observateurs, la Premier League n’a jamais été aussi alléchante que cette année. Certes, Liverpool risque de gâcher les festivités en écrasant la concurrence. Mais il risque également de ne pas y avoir beaucoup de points séparant la course à l’Europa League et le maintien… 

Les promus s’épanouissent déjà dans le championnat et montrent des ambitions très élevées. Elles vont jusqu’à prendre un sacré plaisir à mettre des bâtons dans les roues des membres historiques du Big Six. Manchester City a chuté à Norwich (3-1). Sheffield United a tenu en échec Chelsea et Tottenham (2-2 et 1-1) à l’extérieur puis s’est offert le scalp des Gunners d’Unai Emery (1-0).

Même les équipes qui jouaient le maintien la saison précédente se montrent dangereuses. Tottenham et Manchester United se sont cassés les dents à St James’ Park, Brighton a humilié les Spurs. Crystal Palace et Burnley comptent déjà quinze points en douze matchs. 

Everton et Watford sont de ces formations qui prennent ces éclats en pleine face. Les Toffees faisaient peur à tout le monde en début de saison avec une attaque notamment composée de Richarlison, Alex Iwobi, Moise Kean pour ne citer qu’eux. Mais le résultat est amer pour l’instant. Les hommes de Marco Silva sont quinzièmes avec des défaites contre Burnley ainsi que face aux promus Aston Villa et Sheffield United. Mais voilà, Everton a un collectif qui fera certainement la différence quand les automatismes reviendront. Watford, de son côté, coule totalement avec huit points en douze rencontres. 

Mais le plus grand danger pour le Big Six se nomme probablement Leicester City. Avec vingt-six points, les Foxes n’ont perdu que contre Manchester United et Liverpool, s’offrant par ailleurs le scalp des deux clubs du North London (Tottenham et Arsenal). Cette saison 2019/2020 sera l’une des années les plus excitantes pour le football anglais. Avec Tottenham et Manchester United en pleine crise, le Big Six ne s’est jamais retrouvé aussi fragilisé. Leicester semble pour l’instant avoir les épaules pour prétendre entrer dans la danse. Une chose est dorénavant sure, l’exercice 2019/2020 ne se refermera pas avec un grand fossé entre le sixième et le septième. Il sera peut-être celui où l’expression de Big Six perdra sa crédibilité. 

Hugo Martin

Le « Big Six », une espèce en voie de disparition ?

Les sites de paris sportifs misent gros sur le sponsoring

Depuis une décennie, les opérateurs de paris sportifs ont petit à petit envahit la scène du football européen. A tel point que se font rares désormais les clubs ne possédant pas un opérateur de paris sportifs en tant que partenaire ou sponsor dans les grands championnats en Europe. Comment se sont-ils développés durant ces dernières années, et pourquoi ces derniers suscitent de plus en plus de polémiques notamment outre-Manche ? 

Lors de la fabuleuse saison 2006/2007 du Milan AC d’Andrea Pirlo qui vit le club rossoneri remporter sa septième Ligue des Champions, un détail a pu passer inaperçu aux yeux du grand public. En arborant « Bwin » sur son maillot, un an avant le Real Madrid, le club lombard fut le premier club européen à signer un contrat de sponsoring avec un opérateur de paris sportifs. Treize ans plus tard, cela semble anodin si bien que dix clubs de Premier League possèdent un opérateur de paris sportifs en tant que sponsor principal, et seulement trois des vingts clubs de l’élite anglaise ne disposent ni d’accord de sponsor ni de partenariat avec ce type d’opérateurs. 

Les opérateurs de paris sportifs en Ligue 1, une option de sponsoring encore peu développée

Bien que le marché des paris sportifs ait été ouvert à la concurrence en France en juin 2010, le premier opérateur à investir dans le sponsoring maillot d’un club français fut Betclic, par le biais d’un accord avec l’Olympique Lyonnais en 2009. 

Pour cette exercice 2019/2020, seuls deux clubs de l’élite (Lille avec Winamax et Montpellier avec PasionoBet) ont signé un contrat de sponsoring avec un opérateur de paris sportifs. PasinoBet est le dernier bookmaker en date à avoir été accepté par l’ARJEL (l’Autorité de Régulation des Jeux En Ligne) mais sa réputation reste assez faible auprès des parieurs. Ainsi, pour se développer et améliorer sa notoriété, la compagnie a décidé de conclure un accord de sponsoring maillot avec  Montpellier pour les cinq prochaines saisons. Un contrat qui devrait rapporter au club héraultais entre 250 000 et 850 000 euros par an. Les autres écuries ne sont pas en reste puisque l’opérateur Partouche est également présent du côté de Dijon, Metz et Toulouse, apparaissant sur les panneaux publicitaires des stades. De même pour ZEBet qui en possède du côté de Saint-Etienne ou encore Unibet avec le Paris Saint-Germain.  

Le marché des paris sportifs en Angleterre, ou l'art de la démesure

Si les opérateurs de paris sportifs se font rare sur les maillots des clubs de Ligue 1, ces derniers sont omniprésents outre-Manche, où le « betting » apparaît presque comme un mode de vie. En 2016, le British National Health Service (NHS) déclarait que plus d’un britannique sur deux jouaient à des jeux de paris sportifs ou hasard. Un chiffre qui a de quoi choquer mais qui n’est finalement pas si étonnant lorsque l’on sait que près de 8500 boutiques de paris sportifs ou jeux de hasard existent sur le territoire anglais. 

Pour cette saison 2019/2020, la moitié des clubs de Premier League ont signé un contrat avec un opérateur de paris sportifs. Seuls Brighton, Sheffield United et Southampton font figure d’exception. Ce phénomène touche également la Championship (2e division anglaise) où 17 des 24 équipes sont sponsorisées par un opérateur de ce genre. D’autant plus que ces derniers sont prêts à payer de plus en plus cher pour figurer sur les maillots des clubs du championnat de football le plus regardé au monde. En tout, les opérateurs de paris sportifs auraient déboursé 69 millions de livres cette saison, soit dix millions de livres de plus que la saison passée. 

Des bookmakers qui font polémique

Bien que le sponsoring maillot par des opérateurs de paris sportifs soit lucratif pour les clubs, il fait également polémique de par ses dangers d’addiction et d’isolement. De ce fait, des mesures ont été prises en Angleterre comme en Italie mais qui sont plus ou moins acceptées et appliquées par les différentes instances. Si l’Angleterre tend à reconnaître les dangers et à faire des progrès, les décisions prises de l’autre côté des Alpes sont la source de nombreux débats. 

En Angleterre, il semble que les différentes parties aient trouvé un terrain d’entente. Et ce sont les opérateurs de paris sportifs eux-mêmes qui ont pris la décision de leur plein gré de ne plus diffuser de spots publicitaires lors des rencontres sportives télévisées. En 2017, dans le même sens, la Fédération Anglaise de Football (FA) avait quant à elle décidé de ne plus engager d’opérateurs de paris sportifs comme partenaire, renonçant ainsi aux quatre millions de livres que leur proposaient Ladbrokes. De plus, la Fédération Anglaise n’autorise désormais plus les logos d’opérateurs de paris sportifs sur les maillots de foot réplica vendus aux mineurs. 

Des décisions qui font l’unanimité en Angleterre, ce qui n’est certainement pas le cas en Italie où la guerre entre le Premier Ministre Luigi Di Maio et les instances footballistiques transalpines est déclarée, en raison de la loi « Dignité », votée en juillet 2018. Cette loi contient un article visant à interdire les opérateurs de paris sportifs de sponsoriser une quelconque organisation sportive. Une mesure qui fait polémique alors que quinze des vingts clubs de Serie A possédait un partenariat avec un bookmaker lors de la saison 2018/2019. Cette mesure ne vise pas seulement les compagnies de paris sportifs mais également les diffuseurs TV puisque ces derniers ne pourront plus diffuser de spots publicitaires de paris sportifs lors des pages de publicité durant les rencontres sportives. Pour le moment, les clubs de l’élite italienne ont obtenu une dérogation, mais la plupart d’entre eux comptent bien braver l’interdiction en raison du faible montant de l’amende (20% du montant du contrat, plafonnée à 50 000 euros). 

Les opérateurs de paris sportifs se développent ainsi de plus en plus en Europe, l’Angleterre étant incontestablement au premier rang. Si le sponsoring maillot des opérateurs se fait encore rare en France, il ne fait aucun doute que cette méthode va se développer dans les prochaines années au vu du potentiel non seulement pour les opérateurs et pour les clubs. 

Hugo Martin

Les sites de paris sportifs misent gros sur le sponsoring