Ligue 2

Guingamp, la descente aux Enfers

Avec ses deux coupes de France et son image de club sympathique à forte identité, l’En Avant Guingamp s’était installé ces dernières années dans l’élite du football hexagonal et dans le coeur des Français (sauf des Rennais). Mais à l’issue d’une saison 2018-2019 catastrophique, le club est redescendu en Ligue 2 et semble au bord de l’implosion.

Le projet pour pérenniser l’En Avant au plus haut niveau semblait pourtant solide. Sportivement, l’appui sur la formation et les bons coups du mercato ont permis au pire des maintiens tranquilles, au mieux une qualification européenne, tout en assurant des rentrées d’argent à la vente. Mieux, le club se préparait à entrer dans une nouvelle dimension, avec la création des Kalons. Cette association de supporters, riche de plus de 15 000 membres, est actionnaire du club et propose un modèle unique en France.

Les Kalons, vrais-faux socios

On est pourtant loin du modèle de socios imaginé au départ. L’opération est plutôt un coup de communication et les Kalons sont aujourd’hui une vitrine caritative du club, mais leur influence sur le club est nulle. Malgré le statut d’actionnaire, l’unique représentant des Kalons ne siège pas au Conseil d’Administration, et compte parmi les soutiens du président Desplat. Loin de représenter la voix des supporters donc, qui clamaient ce week-end encore “Desplat démission” ! D’ailleurs, sur les milliers de membres fondateurs, qui ont une plaque à leur nom sur la fresque à l’entrée du stade, peu ont renouvelé leur cotisation, preuve d’un certain désenchantement. 

La galaxie Desplat

S’il en est un qui fait l’unanimité contre lui auprès des supporters, c’est bien le président Desplat. Héritier de la présidence de Noël Le Graet, il a réussi à structurer le club pour monter du National en Ligue 1 et le doter d’infrastructures de qualité. Fier de cette réussite, Desplat est de plus en plus intervenu dans les médias, mais aussi dans le domaine sportif. Laissant libre cours à un Kombouaré qui ne tenait pas compte des avis de la cellule de recrutement, l’effectif s’est vite retrouvé avec de grosses carences. Le kanak, prolongé en plein mois d’août, a reçu publiquement le soutien du président… une semaine avant d’être démis de ses fonctions. Un classique, qui prouve le manque de vision dans la gestion de Desplat.

 Entouré de fidèles, il n’a pas pu s’opposer au retour de Gourvennec, légende du club et bien plus proche de Le Graet. Mais sans le soutien du président, difficile pour le coach de secouer des joueurs habitués au confort et aux entraînements légers de Kombouaré, quand ce dernier n’était pas absent pour aller jouer au golf… Avec tous ces paramètres, la relégation en devenait prévisible. Gourvennec, attaché au club, présente alors un projet sportif qu’il souhaite mener au président Desplat. Refus de ce dernier, qui veut remettre la main sur ce domaine. 

Lair, l’échec

La nomination de Patrice Lair va dans ce sens. Personnellement choisi par Desplat car breton, pour coller à l’image du club, l’ancien coach des équipes féminines de Lyon et du PSG n’a pas l’adhésion de joueurs démotivés depuis le passage de Kombouaré puis une relégation divisant leur salaire, et n’a pas non plus la main sur le mercato. Simple fusible, il a rapidement sauté pour protéger Desplat, que beaucoup surnomment “le Roi”. Sylvain Didot, en intérim, a profité de son statut en interne pour raviver l’esprit guerrier des guingampais et enchainer deux victoires. Désormais 7e, l’En Avant va devoir confirmer qu’il a digéré sa relégation. Peut-il le faire à long terme sans refondre son organigramme ?

Xavier Reigner

Guingamp, la descente aux Enfers

Ligue 2 : Nouvelle saison, nouvelles ambitions

Le rideau s’est levé sur l’antichambre de l’élite. Avec un peu d’avance sur tout le monde, la Ligue 2 a lancé sa nouvelle saison, qui promet d’être encore riche en buts et en rebondissements. Si l’on se plaint souvent du scénario connu d’avance de la Ligue 1, celui de la deuxième division est digne d’une série Netflix, et son premier épisode n’a pas déçu.

Les novices s'imposent face aux anciens

56 secondes. C’est ce qu’il a fallu à Rodez, fraîchement promu, pour ouvrir la marque contre Auxerre, ancien habitué des joutes européennes. Le club aveyronnais n’a pas renié son identité : un 5-3-2 robuste, procédant en contres destructeurs. L’attaquant local, Ugo Bonnet, qui a effectué toute sa carrière au club, a démontré de belles aptitudes pour s’imposer à cet échelon, et le portier breton Arthur Desmas a écœuré des auxerrois habiles techniquement mais friables physiquement. Si l’opération maintien commence bien à Rodez, la quête de la Ligue 1 pour les hommes de Furlan s’annonce compliquée.

De son côté, l’autre promu, Chambly, a aussi gagné face à un club historique de Ligue 1, Valenciennes, sur pénalty de son capitaine Jaques à l’heure de jeu. La belle histoire continue donc pour le club picard, jamais relégué. Sauvé en toute fin de saison l’an dernier, VA voudra éviter de vivre une nouvelle saison galère et doit se reprendre.

Retours difficiles

Passer de la Ligue 1 à la Ligue 2 n’est jamais chose aisée ; les deux relégués en ont fait l’amère expérience. Dans un match très pauvre, Caen n’a rien montré face à Sochaux, qui a raté deux occasions par Livolant. Les Normands devront vite hausser leur niveau de jeu pour espérer prendre l’ascenseur, tandis que les Lionceaux, sauvés d’une relégation administrative, peuvent savourer ce point sur lequel il faut construire en attendant que le club se stabilise.

A Guingamp, Caillard n’avait pas eu froid aux yeux lors de ses débuts en Ligue 1 en fin de saison passée. Pour sa première à l’échelon inférieur, on a plutôt vu Marc-Aurèle pas impérial face à Grenoble. Alors que le club breton veut remonter rapidement en Ligue 1, fort d’un projet économique et sportif solide, et menait 2-0 à la mi-temps, son portier s’est fait contrer bêtement sur une relance, avant de voir le ballon passer entre ses jambes juste après le troisième but de son équipe. Le 11 quasiment inchangé des bretons est très fort pour la Ligue 2, mais doit chasser ses doutes issus de la saison dernière. En face, les Grenoblois ont montré d’intéressantes qualités mentales pour revenir après une première mi-temps ratée, et peuvent bâtir sur cette rencontre pour s’ancrer en Ligue 2.

Le Mans retrouvait quant à lui le monde professionnel et le RC Lens, son dernier adversaire à ce niveau, 2255 jours plus tard. Après un bon premier acte, les Manceaux, qui ont bien recruté (Thuram dans les cages, Duponchelle, Boé Kane, Moussiti-Oko), ont ensuite subi la loi de Lensois encore frustrés d’avoir manqué la montée en barrage. C’est donc le club Sang et Or, prétendant au titre, qui s’est imposé (2-1). Mais les Sarthois peuvent s’appuyer sur une MMArena pleine et un effectif de qualité pour s’assurer du maintien.

Clermont premier leader

Dans les autres matchs, Nancy et Orléans ont livré un match fermé où Valette, le nouveau gardien nancéien, a pu briller par deux fois tandis que son homologue orléanais, Vachoux, qui avait précipité l’échec lensois en barrages d’accession à la Ligue 1, a failli prendre un but casquette, sauvé sur la ligne par son défenseur. Les deux équipes visent le maintien et devront hausser leur niveau de jeu rapidement.

Parmi la cohorte de prétendants à la montée, Troyes a bien lancé sa saison avec un succès 2-0 contre Niort. Deux buts de ses hommes forts de la saison passée, Touzghar et Mbeumo (14 et 10 buts), terminée à la 3e place. Insuffisant. Battles et ses hommes repartent cette saison le couteau entre les dents, et leur première victime n’a guère fait illusion. Orphelins de Dona Ndoh, parti à Nancy, les Chamois ont multipliés les mauvais choix et risquent de passer la saison à regarder vers le bas.

Autre club qui rêve de Ligue 1, Le Havre est allé prendre un point sur la pelouse d’Ajaccio, qui a failli disparaître du monde professionnel cet été. Duel déséquilibré sur le papier, mais le climat corse comble souvent l’écart de niveau par une tension à part. D’autant que les deux clubs ont un passif récent, une sombre histoire de problèmes logistiques et de match violent en play-off d’accession il y a un an. Preuve que personne n’a oublié, 9 cartons jaunes et 1 carton rouge (contre le havrais Coulibaly) ont été distribués par M. Millot. Courtet, qui avait inscrit le premier but, a répondu au doublé de Kadewere. Ajaccio, dont l’effectif n’a quasiment pas bougé en raison de ses ennuis administratifs, cherchera à vivre une saison moins tumultueuse que la dernière. Au Havre, Paul Le Guen est arrivé ambitieux, mais son effectif semble un peu court pour combler les manques de la saison passée.

C’est finalement un club en progrès constant qui est allé décrocher la première place vendredi soir. Clermont ne cesse de construire depuis 2014, et son large succès sur Châteauroux (3-0), son rival du ventre mou la saison dernière, confirme ses nouvelles ambitions. Le nouvel attaquant Grbic a planté un doublé contre une défense castelroussine à contretemps (un tir dévié dans le but, un pénalty ainsi qu’un carton rouge concédé au cours de la rencontre). La Berrichonne risque de devoir batailler toute la saison pour ne pas retourner en National.

Premier choc : Lorient à bon port

C’était un choix fort de l’intersaison en Bretagne. Au revoir Landreau, qui a vécu une belle première expérience sans réussir à confirmer, et bienvenue Pélissier, débauché d’Amiens, qu’il a fait monter et brillamment maintenu en Ligue 1. Un choix fort mais ambitieux, accompagné d’un mercato du même calibre : Paul Nardi doit s’imposer en gardien titulaire, Bozok retrouve un championnat qu’il a dynamité avec Nîmes, les talents Cabot et Wissa sont toujours là. Le résultat est à la hauteur, avec un match d’un très bon niveau, maitrisé de bout en bout, qui plus est face à l’un des bourreaux de Lorient la saison passée : le Paris FC, 4e à 2 points des malheureux Merlus, et surtout meilleure défense (22 buts encaissés). Une forteresse qui a volé en éclats au Moustoir, avec ce score sans appel de 3-0. Candidats aux play-off, le PFC et Demarconnay devront vite réagir : les Franciliens n’ont pas touché un seul ballon dans la surface adverse en première mi-temps !

Les pronos de la rédaction

Les favoris : Lorient, Lens, Guingamp

Les outsiders : Clermont, Troyes, Le Havre, Caen, Paris FC

Ils se battront pour se maintenir : Châteauroux, Rodez, Chambly, Niort, AC Ajaccio, Sochaux

Xavier Regnier

Ligue 2 : Nouvelle saison, nouvelles ambitions