Un Betis sans magie

Un Betis sans magie

¡ Viva el Betis, manquepierda ! Et cela arrive un peu trop souvent en ce moment. Après une année 2018 exceptionnelle, ponctuée par une qualification en Europa League, un mercato prometteur (Inui, Canales, Pau Lopez, Lo Celso…) et un début de saison éclatant (dont une leçon de football donnée sur la pelouse de San Siro et un exploit au Camp Nou), l’année 2019 commence bien plus mal.

Le bilan, avant le match contre Levante, est sans appel : le Betis est seulement 15e de Liga sur la période janvier-avril.

Pire, après la claque reçue contre le club valencien, les verdiblancos n’ont pris que 4 points sur les 7 derniers matchs. Un rythme de relégable, qui s’explique par une inefficacité terrible du jeu proposé. Quique Setien fait partie de ces entraîneurs qui sont prêts à “mourir avec leurs idées”, pour reprendre les propos récents de Thierry Anti. En l’occurrence, il s’agit d’avoir le ballon, de se rendre maître du jeu et du tempo, de proposer un football offensif. Le coach sévillan prétend vouloir que ses joueurs prennent du plaisir, et “on ne prend pas de plaisir à courir après le ballon”. Au vu des derniers matchs, on serait tentés de lui demander s’il pense qu’on peut prendre du plaisir à faire la passe à dix devant la surface adverse sans rien tenter.

En effet, l’un des facteurs de la mauvaise passe du Real Betis est que ses adversaires ont compris comment il joue. Les longues phases de possession sont particulièrement stériles, avec des mouvements stéréotypés et des offensives qui se terminent généralement par un dédoublement sur le côté (souvent incarné par un une-deux entre Joaquin et Canales) et un centre désespéré, qui ne trouve pas preneur. A défaut d’avoir un vrai 9, capable d’être présent à la retombée.

Quique Setien, à contre-jeu

C’est l’un des autres paradoxes du Betis de Setien. Son idée de jeu n’est pas adaptée aux joueurs qu’il a sous ses ordres : aucun ne peut prétendre avoir les qualités d’un bon piston, les buteurs ne sont pas de purs 9 tueurs dans la surface, les défenseurs centraux sont trop limités pour jouer dans un système à 3 (en particulier Sidnei, souvent fautif et trop lent). Dans le même temps, la gestion de l’effectif, au moment du mercato hivernal, pose question. Inui, auteur d’une grande saison avec Eibar et d’une très bonne Coupe du Monde, est parti quasiment sans avoir joué, alors qu’il possède l’étoffe d’un piston. Sanabria, seul vrai 9 à peser sur les défenses, est parti sans être remplacé.

Dans le sens inverse, Diego Lainez est arrivé. Jeune, fougeux, avec une vraie faculté à éliminer ses adversaires dans des petits périmètres… Bref, la solution idéale aux problèmes offensifs des Beticos. Pourtant, il cire le banc. Même lors des deux derniers matchs, alors que Setien a fait tourner, le mexicain n’a cumulé qu’une quarantaine de minutes de jeu. Suffisant pour réveiller les verts et blancs contre Valence, et offrir l’un des gestes du match contre Levante, insuffisant au vu de son talent.

Et maintenant ?

Depuis l’élimination spectaculaire en Europa League, les supporters sont de plus en plus nombreux à réclamer le départ du technicien espagnol. Soutenu par sa direction malgré l’échec en Coupe du Roi, les résultats récents fragilisent sa position. Une réunion pour évoquer son avenir s’est tenue ce jeudi, et le club a décidé de le maintenir jusqu’à la fin de saison. Lui assure qu’il restera, mais la presse espagnole évoque déjà de possibles successeurs. Parmi eux, retenons le nom de Julen Lopetegui. Sélectionneur de la Roja pendant deux ans avant d’être débarqué à la veille de la Coupe du Monde, l’ancien gardien est parti sans connaître la défaite avec l’équipe nationale. S’il n’a pas connu le même succès à Madrid, on peut se dire qu’il s’agirait d’un bon choix pour le Betis. Ses préceptes, dans la continuité de Del Bosque, se fondent sur la possession de balle et le mouvement, ce qui est dans l’ADN du Betis (et, sur ce point, le mariage avec Quique Setien semblait évident). Mais sa défense à 4 apporterait une stabilité bienvenue, et nul doute qu’avec des joueurs comme Canales et Lo Celso au milieu, il saurait diversifier un jeu de passes devenu prévisible.

En attendant, il reste 4 matchs au Betis pour bien terminer la saison. La réception de l’Espanyol Barcelone, lundi, se fera sans deux groupes historiques de supporters, la Curva Resistancia et la Gol Sur, qui ont annoncé leur boycott. Au classement, la zone rouge, à 9 points, n’est plus une menace malgré la forme du moment. Mais la 7e place, occupée par Bilbao avec 6 points d’avance, semble hors d’atteinte, surtout compte tenu du déplacement au Santiago Bernabeu lors de la dernière journée. Vivement la fin.

Xavier Regnier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *