Monaco, la principauté plie mais ne rompt pas

Au sortir de la victoire monégasque devant l’Olympique Lyonnais, l’entraineur Leonardo Jardim expliqua que cette victoire n’avait rien d’un miracle. Si le contenu et les aléas encouragent une analyse contraire, le sursaut d’orgueil du club n’a effectivement rien de miraculeux. La deuxième partie de saison ne sera à n’en point douter qu’une preuve supplémentaire que l’équipe de l’entraineur portugais sait être performante quoi qu’il puisse lui arriver. Récit d’une irrésistible montée en puissance annuelle.


L’AS Monaco cultive un véritable paradoxe ; alors que son engouement populaire est proche du néant, que le complexe sportif accueille une multitude de sports preuve que le football n’a rien d’exclusif en terre monégasque, le club reste une vraie place forte du foot français. Seulement, ce rayonnement est avant tout dû à ses performances économiques. Les grands clubs européens respectent et considèrent avec envie l’AS Monaco, permettant au président Vadim Vasilyev de construire le modèle économique le plus vertueux qui existe en Europe.

 

Le FC Porto, principale référence au moment du rachat du club, n’est plus qu’une inspiration que Monaco a depuis quelques saisons dépassé. Ainsi, c’est avant tout grâce à l’intelligence et au flair des dirigeants que le club détient une telle aura. Le sportif, qui devrait pourtant être le seul et unique vecteur de performance du club, passe au second plan. Il n’y a qu’à voir l’épopée de ligue des champions et le titre obtenu la saison passé pour se rendre compte que les résultats de la principauté indiffèrent et n’enthousiasment pas les foules. Si des clubs plus populaires avaient connu de telles performances sportives, nul doute que l’écho aurait été beaucoup plus retissant.

 

Cependant, ces coups d’éclat sportifs forcent le respect. La direction monégasque couple ses jolis coups sur le marché des transferts par une irrésistible montée en puissance de son équipe en cours de saison, le temps que l’effectif s’acclimate à tous les changements effectués l’été venu. Cela se produit d’ailleurs chaque année, le club réussissant chaque fois à se qualifier en ligue des champions malgré les réserves constantes et communes des spécialistes avant que la machine ne se remette en marche.


La Force de la Culture Face à la Culture de la Force

 

Il faut comprendre que le système de Monaco repose sur une période deux ans. La première année implique l’achat de jeunes joueurs entourés de quelques cadres permettant à Jardim de construire un collectif performant. L’entraineur cherche, tente, essaie puis finit toujours par trouver le bon système de jeu, la bonne composition, la bonne stratégie ; bref la bonne carburation en fonction des caractéristiques de son équipe. Cela prend du temps, les premiers mois sont souvent difficiles. Lui-même l’a récemment confessé en conférence de presse. Il se compare à un mécanicien qui monte de ses mains un tout nouveau modèle de voiture chaque saison. Qu’importe la beauté de la carrosserie pourvu que le moteur soit performant. Jusqu’en décembre, le véhicule ainsi mis en service est prometteur mais finalement peu fiable et les observateurs ne manquent pas de mettre en doute sa rentabilité future. 

 

La seconde partie de saison est ensuite plus dégagée, le moteur doté d’un beau ronflement, suffisant pour atteindre un objectif ; la qualification pour la ligue des champions. Cela permet ainsi à Monaco de garder ses meilleurs éléments, et ainsi de pouvoir laisser le temps à Jardim de pouvoir lâcher les chevaux de son prototype, cette fois devenu modèle dernier cri toute option. La saison terminée, les pépites de Monaco sont vendues au plus offrant pour des sommes astronomiques qui permettent à l’AS Monaco de développer un véritable trésor de guerre et de racheter quelques pièces neuves pour son véhicule mis au stand. De 2015 à 2017, Monaco a parfaitement appliqué cette logique et recommencera à n’en point douter en 2018.


L’illustration Tielemans

 

Avant que Monaco n’affronte Marseille et Lyon, le journaliste Pierre Ménès alertait la principauté sur l’importance de ces deux confrontations. Surtout, il doutait de sa capacité à mettre en échec la confiance marseillaise et de renverser les lyonnais, chose que le club n’avait pas réussi à faire quelques jours plus tôt en Coupe de France (Défaite 2-3 pour les 16ème de finale). Sauf que Monaco, sans véritable surprise ou « exploit » pour reprendre les termes de Jardim, revient de ces confrontations avec un nul et une victoire à la clé. Mieux encore, ils ressortent de ce calendrier dément avec la troisième place en poche. Sans aucune autre compétition à jouer, cela fait d’eux les favoris pour empocher cette seconde place au terme du championnat. Monaco est ainsi en passe d’appliquer une fois encore le plan des dirigeants.

 

Le plus bel exemple de cette démarche est le recrutement de Tielemans. Acheté 25 millions d’euros à Anderlecht alors que plusieurs gros clubs le courtisaient, Tielemans a quelques difficultés à être vraiment performant sur le terrain. Il a de la qualité, cela n’est pas contestable, mais on espérait mieux pour un jeune homme dont on vantait les mérites. L’ancien capitaine du club belge n’est pas toujours titulaire, il ne fait pas toujours les bons choix ; un peu à l’image de la saison de l’AS Monaco en réalité. Cela étant, ces qualités lui permettent quand même d’espérer mieux par la suite. Contre Lyon, il a manqué de (im)pertinence dans son jeu, de prise de risque. Cependant, il ne lui a fallu que quelques pas d’élan pour envoyer une frappe terrible, que le gardien lyonnais Anthony Lopes a eu toutes les peines à repousser, pour affirmer haut et fort qu’il est un garçon à suivre. Avec lui, Jardim est conscient d’avoir un talent dans son équipe. A sa façon, il le protège ce qui lui vaut quelques critiques des observateurs. Qu’importe, Jardim applique sa méthode et ne débridera son joueur qu’au moment où l’intégralité de l’équipe aura trouver la bonne carburation. L’entraineur est ainsi pragmatique.


Il est en conséquence quasi certain que l’AS Monaco accrochera une qualification en ligue des champions. La deuxième année viendra alors, sans que la direction ne revisite trop l’effectif devenu véritable collectif entre les mains de l’entraineur. Tielemans, enfin acclimaté, donnera la pleine mesure de son talent, tout comme Keita Baldé ou Jorge. Ce tout sera d’ailleurs agrémenté d’une autre pépite répondant au nom de Pellegri, 16 ans, recruté cet hiver pour 25 millions d’euros. Jardim pourra ainsi tester la force de sa culture face à ses adversaires européens plus proches de la culture de la force.

 

Rudy Rabelle