Le 116ème Paris-Roubaix : Sagan de l'Enfer au paradis

dans la Roue de la Feuille de Match

C'est le grand jour pour tous les amateurs de ces courses atypiques que sont les flandriennes avec la dernière course du Nord de la saison, le Paris-Roubaix 2018 et ses 54,4 km de pavés tous irréguliers et piégeux ! Revivons cette course en intégralité.


L'échappée ouvre le bal

Sous un beau soleil, le peloton s'est élancé de Compiègne à 11h00 pour un long défilé jusqu'au départ réel au cœur de la foret vers 11h23. Dès le drapeau du départ réel agité, les attaques fusent ! Les cyclistes ont intérêt à être devant car ils espèrent que quand les favoris les rattraperont, ils seront peu nombreux et ils pourront rester au contact ! Quasiment chaque année un échappé finit dans le top 10 à ce petit jeu-là. D'autres coureurs sont là pour servir de relais à leur leader quand celui-ci attaquera les difficultés finales.
Et il aura fallu une heure de lutte pour que les baroudeurs prennent la poudre d'escampette. Le peloton a contrôlé puis a laissé filé Bystrom (UAE Team Emirates), Dillier (AG2R La Mondiale), Wallays (Lotto Soudal), le grimpeur espagnol vainqueur de Paris-Nice cette saison Marc Soler (Movistar), Duquenoy et Robeet (WB Aqua Protect Veranclassic), rejoint par un trio parti en contre-temps consitué de Soupe (Cofidis), Thomson (Dimension Data) et Smukulis (Delko Marseille Provence KTM).


Les premiers pavés

Les neuf hommes tournent bien et arrivent sur le premier des 29 secteurs pavés avec 7'45" d'avance. Ils ont compté jusqu'à 8'30" mais le peloton, à l'approche du secteur de Troisvilles, s'est tendu et les premières chutes ont eu lieu (deux abandons déjà). Et ce premier secteur, couvert de boue sera fatal à de nombreux coureurs à cause d'une chute intervenu à l'avant du peloton. Même si tous ne sont pas tombés, un grand nombre a été ralenti, certains ont contourné par les champs, le peloton est quasiment réduit de moitié !
Devant, les échappés perdent du terrain mais passent les obstacles sans encombre. Le meute roule fort fort pour empêcher les favoris pégés par la chute de revenir en tête, on compte notamment Kittel, Van Avermaet, Thomas et quelques Quick Steep alors qu'on est seulement dans le second secteur pavé !
Van Avermaet finit par revenir dans ce qu'il reste du peloton dans le quatrième secteur pavé, il aura perdu des coéquipiers et de l'énergie. Comme toujours, l'Enfer du Nord est une course d'élimination avec un peloton compact et des cyclistes éparpillés partout derrière.
Les secteurs s'enchainent, les incidents aussi, encore des chutes (Moscon, attendu par son équipe Sky) et des crevaisons, comme pour Démarre et Naessen. Ils auront trimé des kilomètres avant de rejoindre le peloton, à la faveur d'un ralentissement de la Quick Steep car Stybar, un des leaders, a été victime d'une crevaison.


Les choses sérieuses commencent

A l'approche des cent derniers kilomètres, la tête entre dans le secteur d'Haveluy (4 étoiles) avec moins de trois minutes d'avance. Ça va être un moment-clé de la course car les secteurs compliqués s'enchainent dont la mythique Trouée d'Aremberg (5 étoiles). Dans ce premier secteur, il y a encore de la casse avec une chute dans le cœur du peloton qui a mis à terre deux outsiders Langeveld et Trentin.
Et la Trouée ne déçoit pas ! Devant le groupe explose, Soler est impressionnant, il s'isole avec Bystrom, Dillier, Robeet et Wallays. Dans le peloton, Démarre est à la rupture, tandis que Gilbert se découvre en accélérant avec Teunissen, le dup sort du secteur avec une dizaine de secondes sur les autres favoris.
Et c'est la panique dans le peloton ! Ils sont 44 dans ce groupe de favoris et à 85km de l'arrivée le trio Gilbert-Teunissen-Politt (qui a fait la jonction) a 30" d'avance sur la meute, les attaques de favoris se multiplient pour revenir sur le favoris Gilbert car personne ne semble en mesure d'assurer la chasse !


Les 75 derniers kilomètres

Le peloton aura le dernier mot, le groupe Gilert est revu à 75km de l'arrivée, alors Démarre est toujours dans les dernières positions de ce groupe de favoris, qui est à moins d'1'15" de la tête. Stybar se découvre et sort à son tour, une fois son leader Gilbert repris, belle course d'équipe de la Quick Steep. A l'abord du 15ème secteur, Soler a lâché la tête et s'accroche à la roue de Stybar qui comptent 30" sur le peloton !
A l'entrée du secteur 13 d'Orchies (3 étoiles), Stybar s'est relevé, on a donc un peloton réduit à 35" du trio de tête. Chez nos français, Laporte est victime d'une crevaison, à première vue les espoirs tricolores reposent sur Petit (Direct Energie), Sarreau (Groupama-FDJ) et le benjamin de ce Paris-Roubaix Turgis (Vital Concept).


Le show Sagan

Van Avermaet se montre sur un secteur bitumé mais tous les favoris sautent dans sa roue, tout rentre dans l'ordre. Et Sagan sort de sa réserve et contre, derrière, ça se regarde ! Cinq kilomètres plus tsard, il est revenu sur la tête de la course et compte 30" sur les favoris.
Avant le secteur de Mons-en-Pévèle (5 étoiles), on assiste à une grosse chute avec Martin, Kristoff et Rowe. Le peloton se réduit encore alors qu'il compte 50" de retard sur Sagan-Wallays-Dillier. A noter qu'entre les deux groupes, on retrouve Van Aert et Stuyven à une trentaine de secondes.
Dans le secteur, Terpstra se découvre et roule fort en tête du groupe des favoris car il y a urgence à 45km de l'arrivée ! Il finit par sortir en compagnie de Van Avermaet, Phinney et Vanmarke et rejoint le duo intercalé. Ça temporise dans l'attente du retour d'un groupe avec Gilbert et d'autres hommes forts dont le français Sarreau.
A 35km les deux groupes n'ont toujours pas fusionné, même l'écart est de 20 secondes ! Devant le trio de tête pointe à 1 minute du second groupe (où Debusschere est revenu), ils semblent partir vers le podium !
Le trio a perdu 15 secondes à l'entrée des 30 derniers kilomètres alors que Sagan répare lui-même sa potence avec une clé, prêté par son mécano (!).
A la sortie du secteur 6-Bourghelles à Wannehain à 23km de l'arrivée, seul Dillier suit Sagan, le groupe Van Avermaet pointe à 1'25" !


Le Carrefour de l'Arbre et les 15 derniers kilomètres

On dit que le coureur qui sort en tête de ce secteur lève les bras au vélodrome à Roubaix, cette édition ne dérogera pas à la règle, rien ne semble empêcher le slovaque de s'imposer, Dillier étant rescapé de l'échappée matinale et donc épuisé (il faut s'en méfier tout de même). Dans ce secteur, le duo de tête fend la foule et le pavé très difficile (Dillier a failli chuter) et sort avec plus d'une minute sur le quaturo de derrière qui semble voué à se disputer la troisième place (Terpstra, Vanmarke, Van Avermaet et Stuyven).
Le plus dur est fait, il reste quatre secteurs sans difficulté (quoique, après 245km...). Les poursuivants grappillent des secondes mais l'écart est encore conséquent.
A l'entrée du secteur 2-Willems à Hem à 7km de l'arrivée, Dillier épate toujours, il passe encore des relais efficaces, Sagan doit douter, il fait des zigzag pour le sortir de sa roue, le piéger dans un nid-de-poule, mais rien n'y fait ! Les poursuivants sont toujours à 50" à l'approche des 6 derniers kilomètres.


La dernière ligne droite

Sagan n'a pas la force de lâcher Dillier, il n'a même pas tenté d'attaquer, tout va se jouer dans un sprint royal dans le vélodrome survolté de Roubaix ! Les deux se regardent comme de vrais pistards, font des vagues, ralentissent, se dressent sur les pédales, Sagan surgit et gagne avec un vélo d'avance sur l'incroyable Silvan Dillier, échappé plus de 220 kilomètres (!), au terme de 257km de course et 5h54 sur le vélo. Pour le podium, Terpstra sort en premier et prend la 3ème place presque une minute plus tard.

Cette course restera dans les mémoires, avec un Sagan auteur d'un numéro de plus de 50 kilomètres.